Pourquoi les gains de vitesse ne nous rendent pas le temps
Des trains à 500 km/h aux messageries instantanées, les innovations ont raccourci les distances et accéléré le travail. Pourtant, le manque de temps persiste. En cause : des déplacements plus longs, une consommation démultipliée et une disponibilité numérique devenue quasi continue.
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Depuis la révolution industrielle, les sociétés n’ont cessé d’accélérer les transports, la production et la communication. Mais ce gain de vitesse n’a pas fait disparaître l’impression de manquer de temps. Il a souvent déplacé le problème : les outils censés libérer des heures ont aussi augmenté les distances à parcourir, la quantité de biens à produire et à acheter, et le volume d’informations à traiter. Le temps gagné d’un côté se retrouve absorbé de l’autre, par le travail, la consommation et les sollicitations permanentes.
L’accélération des transports et du rapport au temps
Pendant des millénaires, la vitesse des déplacements a peu varié : 4 à 5 km/h à pied, 5 à 8 km/h à cheval ou en calèche, jusqu’à 10 km/h sur de bonnes routes. La rupture intervient avec la locomotive à vapeur en 1804. Dans les années 1830, des pointes à 30 km/h deviennent possibles. Au début du XXe siècle, les trains atteignent 80 km/h, certaines rames automotrices 160 km/h, avant que 200 km/h et plus ne deviennent courants après la guerre. Aujourd’hui, les trains à sustentation magnétique dépassent 500 km/h et l’avion à réaction permet de voyager jusqu’à 900 km/h.
Cette compression de l’espace a très tôt bouleversé le rapport au monde. Les premières grandes vitesses ferroviaires provoquent un choc physique et culturel : des voyageurs décrivent un paysage réduit à un flou de couleurs, avec de fortes nausées, et des études de l’époque affirment même que le cerveau humain ne supporterait pas des vitesses de 15 km/h, et certainement pas plus de 30. En 1843, Heinrich Heine résume l’effet du chemin de fer ainsi : « Je crois voir les montagnes et les forêts de tous les pays marcher sur Paris. Je sens déjà l’odeur des tilleuls allemands. Devant ma porte se brisent les vagues de la mer du Nord. » Le train rapproche les lieux, mais il bouleverse aussi les notions d’espace et de temps.
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