Près de Reims, le dirigeant d’une entreprise d’ambulances accusé d’avoir foncé sur des grévistes
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Trois salariés ont été blessés le 1er septembre près de Reims après qu’un dirigeant d’entreprise d’ambulances a, selon plusieurs témoignages, percuté un piquet de grève avec un bus. Au-delà des violences alléguées, l’affaire met en lumière un conflit social déjà nourri par des accusations de surveillance illégale et de surcharge de travail.
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Près de Reims, le conflit social dans une entreprise d’ambulances et de transport sanitaire a basculé dans une violence d’une gravité exceptionnelle. Le 1er septembre, Laurent Dewitte, dirigeant de l’entreprise, aurait foncé en bus sur des salariés en grève, faisant trois blessés, d’après les faits rapportés par Le Média. Arrêté puis placé en garde à vue avec un non-gréviste, notamment pour violences avec arme sans incapacité, il a été relâché dans la journée ; l’enquête se poursuivait encore. D’après les éléments cités par Le Média, les faits pourraient être requalifiés en tentative de meurtre et relever de la cour d’assises.
Les faits rapportés par les salariés dessinent bien davantage qu’un simple dérapage. Ils racontent une volonté assumée de forcer le passage pour briser un mouvement social. L’un des blessés rapporte que Laurent Dewitte aurait lancé : « Personne ne m’empêchera de sortir un véhicule de mon entreprise. » Au moment où un salarié lui demande ce qui se passerait s’il traversait, le dirigeant aurait répondu : « Peu importe qui sera là, on va voir ce qui se passe en fait. » Le même salarié affirme ensuite que le dirigeant a accéléré franchement, les a percutés, puis « a remis plein gaz » jusqu’au bout de la rue.
Au bout de cette rue, Laurent Dewitte aurait passé le volant à un chauffeur tout juste embauché, qui aurait ensuite percuté une ambulancière. Les blessés évoquent des contusions et des douleurs aux cervicales, au poignet, au dos, à la nuque, au genou et au coude. Mais les séquelles ne sont pas seulement physiques : troubles du sommeil, choc psychologique, peur de reprendre le travail. L’un des blessés dit ne plus se voir retravailler « avec quelqu’un qui a délibérément essayé de nous écraser ».
Un conflit social déjà lourd
Cette explosion de violence ne surgit pas dans un vide. La grève portait sur des revendications précises : régularisation des heures de nuit, planning hebdomadaire au lieu d’horaires communiqués la veille pour le lendemain à 16 h 30, retrait des dashcams, prise en charge de l’entretien des tenues, paiement intégral des heures d’attente, revalorisation salariale et amélioration du management.
Le point de blocage principal concerne les caméras Samsara installées à l’intérieur des véhicules. Les salariés contestent la légalité de ce dispositif. Ils disent ne pas savoir comment les images sont enregistrées, qui y a accès, ni ce qu’elles deviennent. Dans le secteur du transport sanitaire, une telle opacité pose une question lourde : celle de la surveillance des salariés, mais aussi de l’exposition de la patientèle et du secret médical.
À cela s’ajoutent des accusations de surcharge de travail. Les salariés décrivent une régulation qui les pousse en permanence, des journées sans interruption et des pauses difficiles à obtenir. Ils évoquent le cas d’un collègue rappelé sur son jour de repos qui atteignait 60 heures de travail hebdomadaires, quand la limite légale citée par les grévistes est de 48 heures. Là encore, le problème dépasse le seul désaccord social : les salariés estiment que cette organisation favorise la fatigue, les fautes, les accidents et les arrêts maladie.
Une direction murée dans le refus
Les salariés assurent n’avoir reçu ni excuses ni nouvelles de la direction après les faits. L’un des salariés affirme même que Laurent Dewitte se serait moqué d’un chauffeur blessé au sol en lui demandant : « Alors tu as mal où ? » Un autre lui prête cette phrase : « Le prochain, avant de me bloquer mon entreprise, je pense qu’il réfléchira deux fois. » Si ces propos étaient confirmés, ils renforceraient l’image d’un dirigeant qui ne se contente plus de contester la grève, mais entend l’écraser par l’intimidation.
Le conflit est d’autant plus accablant pour la direction que les salariés, soutenus par la CFDT, disent avoir saisi l’Inspection du travail, l’Agence régionale de santé et la Sécurité sociale. D’après leurs déclarations, un rapport de l’Inspection du travail leur donne raison sur plusieurs points : paiement de certaines heures à 50 % au lieu d’un temps plein, absence de prise en charge des tenues et vidéosurveillance des salariés à leur poste de travail.
Le 8 septembre, des représentants syndicaux ont rencontré la direction. Selon la CFDT, la direction n’a donné suite ni aux revendications ni à ce rapport. Les grévistes ont reconduit leur mouvement le même jour. Sollicitée, la direction a refusé tout commentaire sur l’affaire, répondant notamment : « Ça ne vous regarde pas madame », puis « Aucun commentaire madame. »
Les grévistes disent n’avoir reçu aucun appel ni réaction du Gouvernement ou de l’État.
Entre accusations de surveillance illégale, conditions de travail dénoncées comme dangereuses et violences présumées contre des salariés en grève, cette affaire concentre plusieurs dérives d’un même pouvoir patronal : celui qui traite la contestation non comme un droit, mais comme un obstacle à écraser.