Dans le médico-social, des grilles salariales décrochent du SMIC malgré les revalorisations
En Seine-Maritime, des salariés de Sésame Autisme Normandie dénoncent des rémunérations conventionnelles devenues inférieures au SMIC. Leur situation illustre un blocage plus large du secteur médico-social, où le gel des grilles pèse sur plus de 1,2 million de professionnels.
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À Saint-Victor-l’Abbaye, en Seine-Maritime, des salariés de Sésame Autisme Normandie contestent des rémunérations conventionnelles passées sous le niveau du SMIC. Leur situation s’inscrit dans un décrochage plus large des grilles salariales du secteur médico-social, alors que la convention collective applicable n’a pas été revalorisée depuis juillet 2022.
Dans les établissements qui appliquent la recommandation patronale de Nexem, la valeur du point de la Convention collective nationale du 15 mars 1966 est fixée à 3,93 euros. Elle est restée inchangée depuis juillet 2022. Sur la même période, le SMIC brut mensuel est passé de 1 678,95 euros à 1 867,02 euros au 1er juin 2026, soit une hausse de plus de 11 %.
Ce décalage a une conséquence directe : certaines rémunérations calculées selon la grille conventionnelle se retrouvent sous le minimum légal. Les employeurs doivent alors verser une indemnité différentielle pour porter le salaire au niveau du SMIC.
Kévin Viandier, porte-parole des salariés, précise que leur mécontentement vise l’État plutôt que leur employeur. Les associations concernées appliquent en effet une convention collective dont les évolutions dépendent d’accords de branche validés par les pouvoirs publics.
Il rappelle qu’en 2003, un salarié débutant percevait environ 200 euros de plus que le SMIC. En 2026, à diplôme et échelon équivalents, certains salariés affichent au contraire un salaire brut théorique inférieur de 95 euros au minimum légal avant ajustement. Pour lui, cette évolution traduit une dévalorisation progressive des carrières de l’accompagnement social.
Des négociations bloquées autour de la convention unique
Le gel des grilles est lié aux discussions sur la Convention collective unique étendue, appelée à fusionner la Convention collective nationale du 15 mars 1966 et la Convention collective nationale du 31 octobre 1951. Engagées depuis plusieurs années entre partenaires sociaux et pouvoirs publics, ces négociations n’ont pas abouti à ce stade.
L’absence d’enveloppe budgétaire dédiée bloque l’issue du dossier. Tant que cette convention unique n’est pas finalisée, les grilles existantes restent inchangées.
L’enjeu dépasse largement les établissements normands. La future convention concernerait environ 500 000 salariés du secteur privé et 700 000 agents du secteur public, soit plus de 1,2 million de professionnels de l’accompagnement social et médico-social.
Le Ségur améliore le revenu, sans corriger les grilles
Une revalorisation est néanmoins intervenue avec l’accord du 4 juin 2024, qui a étendu l’indemnité Ségur aux salariés du secteur privé non lucratif jusque-là exclus. Pour les bénéficiaires, cette mesure représente 238 euros brut par mois, soit environ 183 euros net.
Cette prime améliore le revenu mensuel, mais elle ne modifie ni la valeur du point ni les grilles de progression salariale. Elle ne règle donc pas le décrochage entre les minima conventionnels et le SMIC. Elle peut aussi être révisée ou supprimée par le gouvernement.
Une tentative législative amputée de son volet salarial
Sur le plan parlementaire, la sénatrice Annie Le Houérou et le député Arthur Delaporte ont déposé le 1er avril 2025 une proposition de loi visant à revaloriser les métiers du travail social. Le texte prévoyait notamment un relèvement ciblé des bas salaires du secteur et l’obligation d’ouvrir des négociations sur les salaires minima hiérarchiques.
La proposition de loi a été rejetée en commission au Sénat en décembre 2025, puis examinée en séance publique le 7 janvier 2026. Son article 1er, consacré à la revalorisation salariale, a été rejeté par 226 voix contre 112. Les articles 2 et 3 ont connu le même sort.
Les groupes de gauche et écologistes, ainsi que la majorité du groupe RDSE, ont voté pour. Les groupes du centre et de la droite ont voté contre, notamment le groupe Les Républicains, le groupe Union Centriste, le groupe Les Indépendants - République et Territoires et le Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants.
Le Sénat a finalement adopté une version du texte sans son volet salarial. Seuls les articles 4 et 5, consacrés aux conditions de travail et à la formation, ont été conservés. Le texte a ensuite été transmis à l’Assemblée nationale pour une première lecture, sans vote en séance publique à ce stade.
Les professions concernées regroupent notamment les accompagnants éducatifs et sociaux, les moniteurs-éducateurs et les éducateurs spécialisés. Ces métiers exigent des qualifications, la gestion de situations de crise, un accompagnement de publics en situation de handicap, ainsi qu’un soutien aux familles. Ils impliquent aussi des horaires décalés, des gardes le week-end et une forte charge physique et émotionnelle.
À Sésame Autisme Normandie, la mobilisation de salariés expérimentés, comme Kévin Viandier, en poste depuis vingt-trois ans dans le même établissement, met en lumière un malaise plus large. Le décrochage des rémunérations pèse sur l’attractivité des filières, le recrutement, la transmission de l’expérience et, plus largement, les conditions d’accompagnement dans le secteur.