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Pourquoi de plus en plus de jeunes s’éloignent du Contrat à durée indéterminée pour travailler autrement

Indépendance, maîtrise du temps, choix des missions, possibilité de vivre ailleurs : pour une partie des jeunes actifs, le Contrat à durée indéterminée ne constitue plus l’horizon évident. Certains le refusent, d’autres l’acceptent à condition de préserver une organisation de vie plus souple.

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Le contrat à durée indéterminée ne s’impose plus comme une évidence pour une partie des jeunes actifs. Certains refusent d’y entrer, d’autres le quittent, et d’autres encore n’acceptent un emploi salarié qu’à la condition de conserver une large autonomie sur leur temps, leur lieu de vie ou l’organisation de leur travail. En toile de fond, une même attente revient : garder la main sur son temps de vie, choisir ses missions et, parfois, améliorer ses revenus.

À Nantes, Clément Mollet travaille comme soudeur indépendant sur un chantier d’entrepôt en construction. Ancien salarié, il a quitté l’emploi classique pour ne plus se voir imposer ni chantiers ni horaires fixes. « Le patron, c’est moi », résume-t-il. Il dit aussi choisir davantage « le travail qu’on veut réaliser et surtout ce qu’on ne veut pas faire ».

Quand il était salarié, Clément Mollet gagnait 1 800 euros par mois. Il affirme désormais fixer ses tarifs auprès des entreprises qui font appel à lui, dans un contexte de pénurie de soudeurs, avec des revenus pouvant aller de 2 200 à 4 000 euros mensuels. Il dit atteindre 4 000 euros, tout en précisant que ce niveau de revenu n’est pas systématique.

Le Contrat à durée indéterminée moins attractif dans certains métiers

Dans ce cas, la tension sur le marché du travail pèse aussi dans les choix individuels. Paul Godin, chef d’entreprise, dit constater un renversement du rapport de force. Son entreprise cherche encore des soudeurs en Contrat à durée indéterminée pour ses chantiers. Il indique que si Clément Mollet cessait son activité indépendante, son entreprise pourrait, « comme Clément », recruter deux ou trois personnes.

L’intéressé écarte pourtant cette perspective. Il affirme avoir refusé « trois ou quatre demandes » d’embauche et dit se sentir bien dans l’indépendance. Le Contrat à durée indéterminée, traditionnellement associé à la stabilité, ne répond donc plus toujours aux priorités de jeunes travailleurs qui privilégient d’abord la maîtrise de leurs conditions de travail.

Cette logique dépasse les métiers en tension. Jordan Lel, ancienne gendarme, a quitté la Gendarmerie nationale. Installée à Paris, elle travaille désormais dans la création de sites internet. À 33 ans, elle dit que ce changement l’a « libérée de l’emploi ». Elle a déjà occupé trois postes en Contrat à durée indéterminée et a quitté le dernier un an plus tôt.

Elle explique avoir voulu sortir de la routine, de « l’impression d’être une fourmi » et du sentiment de ne pas avoir d’impact. Là encore, la recherche d’autonomie apparaît centrale, davantage que la sécurité attachée à un revenu mensuel fixe.

La liberté recherchée, les contraintes qui demeurent

Le choix de l’indépendance reste toutefois souvent mal compris par l’entourage. Jordan Lel raconte que sa mère lui a demandé : « Tu es sûre de ce que tu fais là ? » La sécurité d’un revenu mensuel continue de peser dans les représentations familiales. Elle souligne aussi que le statut d’indépendant peut compliquer certains projets, notamment un achat immobilier.

La volonté de préserver son temps de vie ne conduit pas systématiquement à quitter le salariat. Une jeune salariée de 25 ans, employée par une entreprise nantaise, a accepté un poste à condition de pouvoir travailler à l’étranger. Après un passage en Argentine, elle vit à Bologne avec son compagnon italien. Elle dit avoir eu « de la chance » que son entreprise accepte cette organisation et précise que, dans le cas contraire, elle serait partie.

Elle échange notamment avec son entreprise sur des sujets de performance SEO. Son parcours illustre une autre évolution : le Contrat à durée indéterminée peut encore être accepté, mais à condition de ne pas enfermer dans un cadre jugé trop rigide. Pour certains jeunes actifs, l’enjeu n’est donc pas seulement de choisir entre salariat et indépendance, mais d’obtenir une organisation compatible avec une vie personnelle plus mobile.

Face aux critiques récurrentes visant la génération Z, cette salariée rejette les clichés d’une « génération de fainéants » ou incapable de supporter l’autorité. « Je ne suis pas forcément d’accord avec ces clichés-là », dit-elle. Elle estime que sa génération a « des attentes différentes » de celles de ses aînés et qu’elle accorde davantage de place à la vie personnelle.

Au-delà des situations individuelles, ces trajectoires dessinent une même évolution : le Contrat à durée indéterminée ne disparaît pas, mais il n’occupe plus la même place symbolique. Pour une partie des jeunes, il n’est plus la forme d’emploi à rechercher en priorité, mais une option parmi d’autres, acceptable seulement si elle laisse de la marge sur le temps, les missions et le mode de vie.