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Salaires, promotions, conseils d’administration : ce que montrent les écarts persistants entre femmes et hommes

Les écarts de rémunération entre femmes et hommes restent marqués en France, particulièrement dans la banque. Données d’entreprise, contentieux et carrières freinées dessinent un problème qui dépasse les seuls salaires.

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En France, les hommes perçoivent en moyenne une rémunération supérieure de 22,8 % à celle des femmes, d’après l’Insee. Dans la banque, l’écart atteint 36 %. Ces écarts ne se limitent pas au salaire mensuel : ils recouvrent aussi l’accès aux postes de direction et les promotions.

Le déséquilibre apparaît dès les sommets de l’entreprise. Parmi les 120 plus grandes sociétés françaises, neuf seulement sont dirigées par des femmes, alors même que les femmes sont en moyenne plus diplômées que les hommes. Dans le secteur bancaire, elles représentent 57 % des salariés, mais 48 % des cadres et 16 % des dirigeants.

À la Caisse d’Épargne et de Prévoyance Île-de-France, filiale du groupe BPCE et plus grande caisse du réseau avec plus de 4 500 salariés, les femmes représentent 62 % des effectifs mais 48 % des cadres. Le 4 juin 2019, des salariées représentées par la CGT ont lancé, avec l’appui de quatre cabinets d’avocats, la première action de groupe en France pour discrimination sexuelle. Le syndicat affirmait avoir relevé dans les bilans sociaux « une moyenne de 700 € mensuels de rémunération » en faveur des hommes.

Une action de groupe et des écarts contestés

La CEIDF a refusé d’ouvrir des négociations. Dans un courrier adressé à la CGT, elle écrivait : « Nos statistiques ne laissent nullement présumer une discrimination dont seraient victimes les collaboratrices » et « Nous n’entendrons pas ouvrir de négociations. »

La banque mettait parallèlement en avant ses engagements en matière d’égalité, avec 58 % de femmes embauchées et 40 % de femmes au conseil d’administration. Mais l’écart salarial restait sans chiffrage précis de sa part. Les calculs à partir du bilan social de la CEIDF montrent que, parmi les salariés à temps plein, les hommes gagnent en moyenne 18 % de plus que les femmes. Pour l’année 2018, le manque à gagner supporté par les salariées sur ce périmètre est évalué à 2 653 828 euros.

Le cas d’Aline Dupré et de Bernard en donne un exemple concret. Aline Dupré, standardiste entrée en 1988, affirme être moins payée qu’un collègue arrivé en 1993, qu’elle dit avoir formé et qui exerce le même métier. Bernard indique percevoir 2 635 euros nets par mois, contre 2 300 euros nets par mois pour Aline à temps plein. L’écart est chiffré à 2 euros nets de moins par heure pour Aline, avec un manque à gagner évalué à 36 000 euros.

D’autres dossiers portent sur les promotions. Véronique Danet, adjointe de direction d’agence, dit stagner depuis sept ans à ce poste malgré ses résultats et affirme que des hommes qu’elle a formés sont devenus directeurs d’agence. Sophie Fai, devenue directrice d’agence, décrit pour sa part des retours de congé maternité accompagnés de changements d’affectation qu’elle qualifie de pénalisants.

Le plafond de verre au cœur du contentieux

Au-delà des écarts de salaire, l’action de groupe vise aussi les trajectoires de carrière. Dans la banque, les femmes sont majoritaires parmi les salariés, mais leur part recule à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. À la CEIDF, cet écart entre 62 % de femmes dans les effectifs et 48 % parmi les cadres alimente l’argument d’un plafond de verre.

Le groupe BPCE a été sollicité sur ce dossier. En février 2020, interrogé au Global Sports Week au Carrousel du Louvre, son président Laurent Mignon a répondu : « Je ne suis pas au courant. » Quelques jours plus tard, le groupe a fait savoir par courriel que Laurent Mignon « n’a pas vocation à commenter ce sujet technique et spécifique ».

L’affaire met ainsi en lumière un mécanisme plus large : des écarts de rémunération documentés, des promotions contestées et une hiérarchie où les femmes restent moins nombreuses à mesure que les postes s’élèvent. Dans ce dossier, le contentieux ne porte pas seulement sur des fiches de paie, mais sur la manière dont une entreprise distribue durablement salaires, carrières et pouvoir.