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Carburants, alimentation, énergie : la hausse des prix attise la colère et rogne le pouvoir d’achat

Blocages de dépôts pétroliers, manifestations, stations-service vandalisées : la flambée du carburant cristallise une contestation plus large. Pour les professionnels comme pour les ménages, la hausse des dépenses contraintes pèse sur le budget et alimente la grogne.

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La hausse du prix des carburants, et plus largement du coût de la vie, alimente une contestation qui touche à la fois les professionnels et les ménages. Blocages de sites stratégiques, manifestations locales et dégradations de stations-service traduisent une tension nourrie par l’augmentation des dépenses contraintes, alors que l’exécutif écarte une baisse générale des taxes à la pompe.

Une mobilisation partie des secteurs les plus exposés

À Fos-sur-Mer, une cinquantaine de pêcheurs réunis à l’appel des comités de pêche de Méditerranée ont bloqué, selon l’AFP, pendant près de sept heures l’accès au dépôt pétrolier par lequel transite près de 10 % du carburant français. La confrontation avec les CRS a été tendue. Pour la filière, le gasoil reste un poste central : certains plans de financement de navires avaient été bâtis au début des années 2000 sur la base d’un litre à 20 centimes d’euro, contre 1,18 euro au moment des faits. Les pêcheurs expliquent qu’à ce niveau de prix, ils ne parviennent plus à couvrir les réparations ni les salaires des marins.

À 150 kilomètres de là, un autre port a aussi été bloqué, des bateaux de pêche empêchant la sortie du ferry. En fin de matinée, les camions-citernes ont repris leur rotation, avec l’appui de chauffeurs solidaires du mouvement. Les pêcheurs conditionnent la levée de certains blocages à deux mesures : un allègement des restrictions de pêche et un plafonnement du prix du carburant à 60 centimes le litre.

Une colère qui dépasse les professions exposées

La mobilisation ne se limite pas aux activités directement dépendantes du gasoil. À La Rochelle, une cinquantaine de personnes ont manifesté contre le prix du carburant, dans un contexte où, selon Le Parisien, le litre d’essence dépassait 2,10 euros. Des participants disent être « en mode survie au lieu de vie ». Le mouvement exprime une difficulté plus générale à absorber l’augmentation des dépenses du quotidien.

Autour de Douai, cette tension a aussi pris une forme délictueuse. Quatre stations-service ont été vandalisées durant le week-end. Sur l’une d’elles, le mot « voleur » a été tagué. À Aniche, une station restée intacte a vu affluer les automobilistes à cause des fermetures voisines. Dans l’une des stations attaquées, des écrans ont été détruits à coups de marteau ; les faits, filmés par vidéosurveillance, auraient duré 30 secondes. Le coût des réparations y est estimé à plus de 20 000 euros. Une même bande de plusieurs individus cagoulés et gantés serait en cause. Le parquet de Douai a ouvert une enquête et aucune interpellation n’avait eu lieu au moment des faits rapportés.

Des budgets familiaux de plus en plus contraints

La dégradation du pouvoir d’achat se lit dans les arbitrages des ménages. Une étude du Secours populaire français indique qu’une famille sur quatre a dû sacrifier des achats vitaux pour remplir son réservoir.

Le budget d’Ingrid, responsable d’une boucherie, et de Wilfried, vendeur en quincaillerie, parents de trois enfants, illustre cette pression. En 2026, leurs dépenses de carburant pour deux véhicules atteignent 440 euros par mois, contre 310 euros l’année précédente, soit 130 euros de plus sans augmentation des trajets. Le chauffage au fioul pèse lui aussi davantage : la mensualité reste à 93 euros, mais environ 300 euros supplémentaires ont dû être versés pour compenser la hausse. Côté alimentation, les courses sont passées de 412 euros par mois en 2025 à 477 euros en 2026. Au total, carburant, chauffage et alimentation représentent 225 euros supplémentaires par mois, laissant au foyer 300 euros pour finir le mois. Ingrid demande « jusqu’à quand on devra serrer la ceinture » et Wilfried affirme : « Ça ne peut pas rester comme ça parce qu’au bout d’un moment, on étouffe. » Il dit cumuler avec sa compagne un travail de nuit et de week-end dans un bar « pour pouvoir faire plaisir à nos filles et faire plaisir nous aussi en famille ».

Cette érosion s’inscrit dans une tendance plus longue. En dix ans, le café est passé de 6,50 euros à 9,30 euros le kilo, et le litre de jus d’orange de 1,78 euro à 2,50 euros. Le plein d’essence moyen est monté de 65 euros en 2016 à 94 euros. Les prix des œufs, des pâtes et de l’huile d’olive ont aussi progressé. Le prix de l’électricité, lui, a bondi de 44 % sur la période. Les salaires ont augmenté, mais pas suffisamment pour compenser entièrement ces hausses.

Des aides ciblées plutôt qu’une baisse des taxes

Face à cette situation, le gouvernement exclut une réduction générale des taxes sur les carburants. Roland Lescure, ministre de l’économie, défend des aides ciblées pour « les gros rouleurs, les aides à domicile, les pêcheurs, les agriculteurs » et assure : « On va continuer à suivre ça de très près. »

Une aide de 100 euros concerne déjà 3 millions de grands rouleurs répondant à des critères précis. Son montant avait été doublé en mai 2026. Le dispositif devait s’achever le 30 septembre 2026, avec une réflexion engagée sur son adaptation et sur un possible élargissement du nombre de bénéficiaires. Le gouvernement rappelait toutefois que la moitié des aides n’avait pas encore été réclamée.

L’exécutif maintient sa ligne pour des raisons budgétaires : une baisse d’un centime de taxe à la pompe représenterait 500 millions d’euros de recettes en moins pour l’État. Depuis le début de la crise, les aides carburant atteignent déjà 1,4 milliard d’euros.

Chercher un complément pour tenir

Pour compenser la perte de pouvoir d’achat, certains particuliers se tournent vers la location entre particuliers. Charaf loue sa voiture une à deux fois par semaine via une application, à 54,90 euros la journée. Depuis avril, il l’a louée 28 fois et dit avoir encaissé plus de 2 000 euros, de quoi couvrir l’essence, la place de parking et l’assurance. Une plateforme signale une hausse de 60 % en un an des offres de véhicules proposées par des particuliers. D’autres biens sont aussi proposés à la location : 29 euros la journée pour un kayak, 23 euros pour une perceuse, 4 euros pour un appareil à raclette. Certains louent également une partie de leur logement, jusqu’à 220 euros par semaine pour une chambre.

Claire loue son matériel de bricolage et de nettoyage sur plusieurs plateformes. Elle estime en tirer une centaine d’euros par mois et a réinvesti dans une shampouineuse achetée 180 euros, qu’elle dit avoir rentabilisée en un mois. Elle présente ce revenu comme « du beurre dans les épinards » et « du pouvoir d’achat ». Lucy, de son côté, a loué cette machine 15 euros pour détacher son canapé, plutôt que d’en acheter une.

Ces revenus d’appoint ne changent pas la tendance de fond : la hausse des prix du carburant, de l’énergie et de l’alimentation pèse sur les activités professionnelles comme sur les foyers, et nourrit une grogne qui monte à mesure que les marges de manœuvre se réduisent.