Budget 2027 : 30 milliards d’économies visés, retraites et Sécurité sociale en première ligne
Le gouvernement de Sébastien Lecornu veut ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027 sans créer de nouvel impôt. Dans un contexte de croissance faible, l’exécutif cible surtout les dépenses de l’État, les retraités et la Sécurité sociale, tout en écartant une hausse de la contribution des plus riches et des grandes entreprises.
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Le gouvernement de Sébastien Lecornu prépare un budget 2027 fondé sur environ 30 milliards d’euros d’économies, avec un objectif affiché de réduction du déficit public à 5 % du PIB, après 5,1 % en 2026. Cette trajectoire s’accompagne d’un engagement répété de l’exécutif : ne pas créer de nouvel impôt.
Cette orientation budgétaire intervient dans une conjoncture dégradée. L’Insee a prévu le 10 septembre une hausse de 0,4 % du PIB français en 2026. Le gouvernement table de son côté sur 1 % de croissance en 2027, d’après un communiqué publié le 11 septembre 2026. La fermeture du détroit d’Ormuz à la fin de février, qui a renchéri les prix de l’énergie, ainsi que les canicules, les incendies de grande ampleur et la sécheresse, ont pesé sur l’activité. Dans le même temps, le taux auquel la France emprunte sur dix ans dépasse 4 %.
L’effort doit porter en priorité sur les dépenses de l’État hors défense, les retraites et la Sécurité sociale. David Amiel, ministre des comptes publics, a annoncé 6 milliards d’euros d’économies demandés aux retraités en 2027. Parmi les pistes évoquées figurent une désindexation partielle des pensions sur l’inflation, la suppression de l’abattement fiscal pour frais professionnels de 10 % dont bénéficient les retraités, ou une combinaison des deux.
Des ministères et des agences appelés à réduire leurs moyens
Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres de revoir leurs dépenses à la baisse. Les lettres plafonds envoyées en juillet prévoyaient déjà, hors défense, une progression des dépenses limitée à 0,4 %, pour une inflation révisée à 1,8 % dans le rapport officiel du ministère du Budget. À cela s’ajoute une demande de environ 1,5 milliard d’euros d’économies supplémentaires adressée à la dernière minute aux ministres, comme l’ont rapporté Public Sénat et Les Échos.
Des réductions de moyens et des suppressions de postes touchent aussi plusieurs agences de l’État consacrées à la biodiversité et à l’écologie. Révélés par Contexte, ces arbitrages ont suscité des protestations, jusqu’à une manifestation organisée le mardi 15 septembre devant Bercy par une quarantaine d’organisations, parmi lesquelles des syndicats de pompiers et d’infirmières, réclamant des moyens « à la hauteur de l’urgence climatique ».
Le gouvernement a parallèlement annoncé de nouvelles enveloppes sur certains postes. Dans une tribune publiée le 15 septembre dans Le Monde, Sébastien Lecornu a indiqué qu’une enveloppe de « 1,5 milliard d’euros contre les violences sexistes et sexuelles répartie sur les budgets de l’État et de la Sécurité sociale » serait proposée au Parlement. Il a ajouté que « 2,6 milliards d’euros sont prévus pour la protection de l’enfance ». Alice Gayraud, spécialiste des politiques publiques de lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, juge sur son blog que ces montants restent très inférieurs aux besoins. La mort de Lyhanna, 11 ans, est reliée à de graves dysfonctionnements de l’appareil d’État.
La Sécurité sociale mise à contribution
Le budget de la Sécurité sociale doit également fournir une part importante des économies. Le gouvernement envisage de soumettre à cotisations une partie des primes d’intéressement et de la participation versées par les entreprises sur les plans d’épargne des salariés. Roland Lescure a confirmé sur RTL que cette mesure était envisagée. Sébastien Lecornu a, lui, envisagé de poursuivre en justice la source de cette fuite.
Plusieurs coupes sont déjà actées par des décrets publiés au Journal officiel. La durée d’indemnisation de certains arrêts maladie doit être ramenée de trois ans à un an, notamment pour les troubles musculo-squelettiques et les cas de dépression légère. À partir du 1er janvier 2027, le reste à charge des patients augmentera aussi avec le désengagement de l’État du remboursement des transports sanitaires, des soins dentaires et des médicaments dont le service médical rendu est jugé modéré.
À partir d’octobre 2026, le plafond annuel des franchises médicales passera de 100 à 140 euros. Le gouvernement avait envisagé 200 euros avant d’y renoncer face à la mobilisation d’associations de patients. Ce plafond doit ensuite être réévalué chaque année en fonction de l’inflation. Les économies attendues sont d’environ 300 millions d’euros par an. La ministre de la santé, Stéphanie Rist, espère dégager entre 1,5 et 2 milliards d’euros d’économies grâce à cette réforme.
Pas de nouvel impôt, allègement prévu pour les grandes entreprises
L’exécutif exclut en revanche de relever la contribution des plus riches et des grandes entreprises. Roland Lescure a évoqué dans Le Parisien la possibilité de « toiletter ici ou là des niches fiscales », tout en défendant la nécessité de préserver « les moteurs de croissance ». Sébastien Lecornu a promis qu’« il n’y aura pas d’impôt nouveau » dans le budget 2027 et que les dispositifs permettant aux entreprises « d’investir, de produire, de transmettre » ne seraient pas remis en cause.
La surtaxe exceptionnelle à l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises, qui a rapporté 8 milliards d’euros à l’État en 2025 et en 2026, doit ainsi être réduite. Le gouvernement veut aussi préserver le pacte Dutreil, une niche fiscale sur les transmissions d’entreprises, et relever le plafond du don familial défiscalisé de 31 865 à 50 000 euros. Matignon précise que ce dispositif concerne une personne de moins de 80 ans qui donne une somme d’argent à un enfant, un petit-enfant ou un arrière-petit-enfant majeur. Ce don peut se cumuler avec une donation classique de parent à enfant exonérée jusqu’à 100 000 euros.
Ces choix interviennent alors que les grandes entreprises françaises ont versé plus de 60 milliards d’euros de dividendes au deuxième trimestre 2026, plaçant la France au deuxième rang mondial derrière les États-Unis.
À l’Assemblée nationale, le projet suscite déjà des critiques à gauche. Éric Coquerel estime : « On touche une fois de plus aux classes moyennes, à défaut d’aller taxer les ultrariches. C’est une façon d’éviter le cœur du problème. » Estelle Mercier juge pour sa part : « C’est trop facile de demander aux retraités de faire des efforts quand on ne demande pas à tout le monde de contribuer en raison de ses facultés. »
Le gouvernement de Sébastien Lecornu ne disposerait pas d’une majorité pour faire adopter son budget. Selon la matière de septembre 2026, un recours à l’article 49-3 ou à une ordonnance était envisagé pour la fin de l’automne.