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Sophie Binet lie le ralentissement économique à l’austérité et appelle à une mobilisation le 29 septembre

La secrétaire générale de la CGT attribue la faiblesse de la croissance, le recul du pouvoir d’achat et la dégradation des conditions de travail à une politique budgétaire tournée vers les économies. Elle réclame des hausses de salaires, davantage d’investissement public et une réforme des aides aux entreprises.

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Sophie Binet met en cause une politique d’austérité visant les salariés et les services publics pour expliquer le ralentissement de l’économie française. La secrétaire générale de la CGT relie la faible croissance, la baisse du pouvoir d’achat et la dégradation des conditions de travail à un manque de soutien à la demande et à l’investissement public. Elle appelle à une journée intersyndicale de grèves et de manifestations le 29 septembre, centrée sur les salaires et les services publics.

Son diagnostic, rapporté par LCI, s’appuie sur une estimation de l’Insee ramenant la croissance française à 0,4 % du PIB en 2026, contre 0,7 % prévu. Elle souligne aussi une baisse attendue du pouvoir d’achat de 0,4 % sur l’année, qu’elle présente comme une première depuis 1993. Dans ce cadre, Sophie Binet affirme que les salaires n’ont pas retrouvé leur niveau de 2020, ce qui pèserait sur la consommation, tandis que l’investissement recule, notamment celui des collectivités territoriales.

Pour y répondre, la dirigeante syndicale défend une hausse des salaires, leur indexation sur les prix, un relèvement des rémunérations des fonctionnaires et une relance de l’investissement public. Elle estime que le taux de marge des entreprises reste « quasiment de 32 % », un niveau qu’elle juge historiquement élevé. Elle distingue toutefois les grandes entreprises des petites, considérant que les premières ont bénéficié de politiques favorables depuis une dizaine d’années.

Pouvoir d’achat, consommation et aides publiques

Sophie Binet décrit une dégradation rapide des conditions de vie. Elle avance que 40 % des actifs estiment que leur travail ne leur permet pas de couvrir l’ensemble de leurs dépenses, soit dix points de plus en un an. Elle parle d’« un déclassement massif » et dit voir se multiplier les situations où des salariés, y compris après dix ou vingt ans de travail, se retrouvent au SMIC.

Elle défend l’idée qu’une hausse des salaires soutiendrait aussi l’activité des commerces, faute de consommation suffisante. À l’appui de cette ligne, elle cite l’exemple de l’Espagne, avec une hausse de 60 % du salaire minimum en cinq ans, la suppression de contrats précaires et une réduction du temps de travail, qu’elle présente comme une politique de soutien à la demande.

Sur la politique économique, Sophie Binet rejette l’argument d’un choc fiscal qui imposerait de ménager les entreprises. Elle affirme que moins de 20 % d’entre elles sont exposées à la concurrence internationale. Elle demande une remise à plat des aides publiques, qu’elle chiffre à 211 milliards d’euros par an, afin de les conditionner à des créations d’emplois et à la décarbonation, puis d’en redéployer une partie vers les services publics. Elle vise aussi les 85 milliards d’allégements de cotisations, qu’elle considère comme un manque à gagner pour la Sécurité sociale et les finances publiques, avec des « effets d’aubaine évidents » et des « trappes à bas salaires ».

Arrêts de travail et santé au travail

La secrétaire générale de la CGT accuse le gouvernement de préparer de nouvelles économies sur les dépenses sociales dans le budget. Elle critique en particulier les décrets annoncés pour réduire la durée maximale d’indemnisation des arrêts de travail longs et sanctionner les arrêts courts jugés abusifs.

Elle soutient qu’il faut d’abord traiter les causes de la hausse des arrêts, qu’elle relie à une dégradation de la situation au travail. Sophie Binet avance que plus de 1 200 salariés sont morts du fait de leur travail en 2025, soit 35 de plus que l’année précédente, d’après des chiffres de l’Assurance maladie. Elle évoque aussi plus de 2 500 accidents du travail par jour et des centaines de milliers de maladies professionnelles chaque année. Elle attribue cette évolution à la suppression des CHSCT par Emmanuel Macron et réclame « une politique de prévention massive ».

Budget, fiscalité et retraites

Sur le budget, Sophie Binet dit attendre deux orientations principales : un investissement massif dans les services publics et davantage de justice fiscale. Elle réclame un plan d’urgence pour l’hôpital, rappelant que 45 000 lits ont été fermés en dix ans, ainsi qu’un plan de recrutement de pompiers. Elle relie aussi à l’affaiblissement des services publics plusieurs crises récentes, des mégafeux aux piratages de données, en passant par la canicule, le manque de moyens de la justice et la baisse de 25 % des effectifs de Bercy en dix ans.

Elle défend également une taxation accrue des gros héritages, sans l’appliquer « dès le premier euro », en évoquant un seuil de 70 000 euros. Elle demande la suppression du Pacte Dutreil, qu’elle chiffre à 5 milliards d’euros par an, ainsi qu’un réexamen du Crédit d’impôt recherche, dont elle dénonce des abus.

Sur les retraites, Sophie Binet rejette toute désindexation des pensions, y compris pour les plus élevées, ainsi que toute place accrue donnée à la capitalisation. Elle plaide pour davantage de progressivité de l’impôt et de nouvelles tranches pour les plus riches. « La répartition, c’est le meilleur système qui soit. C’est notre trésor national », affirme-t-elle.

Enfin, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la CGT refuse de désigner un candidat et réaffirme son indépendance vis-à-vis des partis, rappelle Sophie Binet, qui dit vouloir d’abord que les prétendants « s’intéressent enfin aux travailleurs et aux travailleuses ». Elle fait aussi de la lutte contre le Rassemblement national une priorité, estimant que l’extrême droite constitue « un danger absolu pour les travailleurs et les travailleuses et pour la démocratie ».