Canicules à répétition : 7 300 morts en excès et des effets durables sur la santé
Entre mai et le 22 juillet, Santé publique France attribue 7 300 morts en excès aux vagues de chaleur. Au-delà des coups de chaleur, la répétition d’épisodes rapprochés affecte le sommeil, la santé mentale et peut aggraver durablement certaines pathologies.
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Cinq épisodes de canicule, 52 jours de vagues de chaleur et un mois de juillet le plus chaud de l’histoire ont marqué l’été. Dans un bilan provisoire, Santé publique France attribue 7 300 morts en excès aux vagues de chaleur entre la première survenue en mai et le 22 juillet. Au-delà de cette surmortalité, la répétition d’épisodes très rapprochés met l’organisme sous pression et multiplie les effets sanitaires, immédiats comme prolongés.
Le corps humain maintient normalement sa température interne autour de 37 °C grâce à plusieurs mécanismes de thermorégulation, notamment la transpiration et la vasodilatation périphérique, c’est-à-dire l’envoi de sang vers la peau. Basile Chaix, directeur de recherche à l’Inserm en épidémiologie environnementale, rappelle que ces mécanismes fonctionnent tant que l’exposition à la chaleur ne dure pas trop longtemps. En cas de températures trop élevées, ils peuvent toutefois être dépassés, conduisant à une hyperthermie, jusqu’au coup de chaleur, qui peut être rapidement fatal.
Des effets qui dépassent le seul risque immédiat
La répétition des vagues de chaleur, parfois espacées de seulement quelques jours, prive l’organisme de récupération. Cette exposition rapprochée accroît la fatigue physiologique et peut aggraver de nombreuses pathologies, pendant l’épisode de chaleur mais aussi après.
Les patients atteints de maladies respiratoires qui subissent des effets aigus, notamment des hospitalisations pendant ou juste après une vague de chaleur, seraient également affectés à plus long terme par une exposition récurrente. Plusieurs études suggèrent aussi qu’une répétition des vagues de chaleur pourrait accélérer le déclin cognitif chez les personnes âgées.
Basile Chaix décrit également un phénomène de « vieillissement biologique », soit une usure accélérée de l’organisme liée à la sollicitation accrue des organes. Il cite des travaux montrant que, sur les deux dernières années, la différence entre des personnes exposées à un ensemble de vagues de chaleur et des personnes non exposées était associée à une accélération du vieillissement de 11 jours.
Sommeil perturbé et santé mentale fragilisée
La chaleur agit aussi sur la santé mentale. Basile Chaix indique qu’elle augmente l’anxiété et l’irritabilité, réduit la capacité de concentration et affecte le système nerveux. Chez les personnes souffrant de troubles psychiatriques, les symptômes peuvent s’aggraver. Il ajoute que l’exposition à la chaleur tend à augmenter le risque de suicide, un phénomène documenté par des études menées dans plusieurs pays.
Le sommeil fait partie des fonctions rapidement altérées. La chaleur complique l’endormissement, favorise les réveils nocturnes et empêche d’atteindre correctement le sommeil profond. Cette phase représente normalement 20 à 25 % d’une nuit, soit environ 1 h 40 sur huit heures, et reste nécessaire à plusieurs processus indispensables au bon fonctionnement de l’organisme.
Les nuits tropicales constituent un autre facteur de risque. Une étude internationale publiée début août avance que, dans le pire scénario d’ici à 2100, les nuits où la température ne descend pas sous 20 °C pourraient augmenter la mortalité précoce dans le monde de 50 %.
Une adaptation inégale face à une hausse rapide des températures
L’adaptation à la chaleur varie selon les populations et les territoires. Basile Chaix rappelle que l’« optimum thermique », c’est-à-dire le niveau de température auquel la mortalité est minimale, n’est pas le même à Stockholm, Paris ou Rome. Pour Basile Chaix, la population romaine serait plus adaptée aux vagues de chaleur que la population parisienne, avec un optimum thermique situé à quelques degrés plus haut.
« On va arriver à des niveaux où il ne sera plus possible de s’adapter. »
Basile Chaix
Il estime que la hausse actuelle des températures est trop rapide pour permettre une adaptation suffisante des organismes.
Cibler les personnes les plus vulnérables
Pour limiter la surmortalité, Basile Chaix juge prioritaire d’identifier les personnes les plus vulnérables, en raison de leur âge ou d’une maladie chronique, puis de leur proposer une climatisation individuelle et une intervention à domicile en cas d’urgence. Cette méthode est déjà appliquée dans plusieurs communes et il plaide pour sa généralisation.
À plus long terme, la lutte contre le réchauffement climatique reste, à ses yeux, le dernier levier pour contenir la hausse des températures et réduire l’impact sanitaire des canicules à répétition.