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Canicule de juin : plus de 5 700 décès en excès déjà recensés, un bilan encore provisoire

Les premières estimations de Santé publique France font état de 5 764 décès toutes causes en excès entre le 17 juin et le 2 juillet 2026. Des données encore non consolidées, mais jugées fiables, qui dessinent déjà l’ampleur d’un épisode de chaleur exceptionnel.

La canicule de juin a déjà laissé un bilan humain massif. Comme le révèle Mediapart, Santé publique France a recensé 5 764 décès toutes causes en excès entre le 17 juin et le 2 juillet 2026, un chiffre encore provisoire mais que le ministère de la santé juge déjà « assez fiable ». Et ce total ne correspond qu’à une première photographie de l’impact sanitaire de l’épisode.

Ces décès « en excès » mesurent l’écart entre la mortalité observée et celle attendue sur la période. Or ce premier décompte ne couvre pas encore l’ensemble des morts attribuables à la chaleur. L’expérience des étés précédents montre que l’écart peut être important entre la surmortalité mesurée à chaud et l’estimation finale des décès liés à l’exposition aux fortes températures.

L’exemple de 2025 l’illustre : Santé publique France avait alors comptabilisé 1 000 morts en excès, tandis que l’agence estimait ensuite à plus de 5 700 le nombre de décès attribuables à la chaleur durant cet été, le troisième plus chaud depuis 1900. Autrement dit, le bilan de juin 2026 pourrait encore s’alourdir à mesure que les causes des décès seront analysées plus finement.

Le 30 juin, à l’Assemblée nationale, le premier ministre Sébastien Lecornu avait qualifié de « faux » et de « scandaleux » le chiffre de 10 000 morts avancé par la cheffe des Écologistes, Cyrielle Chatelain. Les données désormais disponibles ne valident pas ce total à ce stade, mais elles montrent déjà une surmortalité très élevée sur une période de quinze jours.

Une mortalité particulièrement forte à domicile

Pour les épidémiologistes, l’un des enseignements majeurs de cet épisode tient au lieu où surviennent les décès. La hausse de la mortalité est particulièrement marquée à domicile, bien davantage qu’en établissements de santé. Les Ehpad, eux, semblent avoir mieux protégé leurs résidents.

70 % de la mortalité en période de canicule pourrait être imputable à l’exposition à la chaleur dans les logements.

Basile Chaix, épidémiologiste à l’Inserm

Il souligne le poids des conditions d’habitat : isolation, ventilation traversante, équipements de protection contre le soleil ou présence d’une climatisation. Autant de facteurs qui, selon lui, rendent cette mortalité « inégalitaire par tous les bouts ».

La géographie de la surmortalité renforce ce constat. L’Île-de-France est la région la plus touchée, avec une hausse de 81,2 % des décès, devant le Centre-Val de Loire (+ 62,6 %) et les Pays de la Loire (+ 55,2 %). Basile Chaix rappelle que Paris et sa banlieue constituent un vaste îlot de chaleur urbain. Il cite une étude publiée dans le Lancet comparant 854 villes de 30 pays, selon laquelle Paris est la ville où les effets de la chaleur sur la mortalité sont les plus importants. Lors des épisodes les plus chauds, la température y est supérieure de 8 °C.

Toutes les classes d’âge touchées

Autre élément notable : l’excès de mortalité concerne toutes les classes d’âge à partir de 15 ans. Il atteint 29,6 % chez les 15-44 ans, 55,4 % chez les 45-64 ans, et 33,3 % chez les 75 ans et plus. En valeur absolue, les plus âgés restent les plus nombreux parmi les victimes : 3 719 décès en excès concernent les plus de 75 ans, soit environ les deux tiers du total provisoire.

Pour Kévin Jean, épidémiologiste à l’École nationale supérieure, cet épisode a mis en lumière « l’inadaptation à la chaleur des bâtiments, en particulier les hôpitaux et des établissements scolaires ». Il relève aussi les effets cumulatifs des canicules successives, qui fragilisent davantage les personnes déjà malades, notamment celles atteintes de maladies chroniques.

La question de la prévention

Les personnes isolées à domicile ont été les plus exposées. Kévin Jean estime que les messages publics ont été insuffisants, limités pour l’essentiel à l’injonction à s’hydrater, et plaide pour des campagnes incitant plus directement à prendre des nouvelles de ses proches ou de ses voisins.

La prévention fait d’autant plus débat que Santé publique France, qui dispose de compétences en promotion de la santé, n’a pas pu déployer en juin sa campagne dédiée aux fortes chaleurs. L’agence est par ailleurs engagée dans une réorganisation qui doit la priver de ses missions de communication.

À ce stade, le chiffre de 5 764 décès ne constitue donc pas un bilan définitif, mais il suffit déjà à mesurer l’ampleur de la crise sanitaire provoquée par la canicule de juin.