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Politique Analyse

Présidentielle 2027 : multiplication des candidatures, primaires contestées et financement sous tension

À huit mois du premier tour de la présidentielle de 2027, plus de 45 candidatures sont déclarées ou pressenties. Cette dispersion relance les débats sur l’affaiblissement des partis, l’utilité des primaires et les difficultés croissantes de financement des campagnes.

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La course à l’élection présidentielle de 2027 s’annonce particulièrement éclatée. Après l’annonce de la candidature de Karim Guamin et du lancement de sa campagne, plus de 45 candidatures sont désormais déclarées ou pressenties, dont 18 officiellement déclarées, à huit mois du premier tour. Lors du précédent scrutin présidentiel, 11 candidatures avaient finalement été validées par le Conseil constitutionnel. La liste définitive pour 2027 doit être connue en mars 2027.

Cette multiplication des prétendants intervient dans un paysage politique où les mécanismes de sélection apparaissent plus fragiles. François Bairou, candidat à trois reprises à l’élection présidentielle et non candidat en 2027, plaide pour une « grande primaire » allant « des socialistes ogistes » afin de « mettre un peu d’ordre dans le bazar actuel ». Il estime que « le choix du président de la République, c’est un choix profond de tout un peuple » et juge cette proposition « vitale pour chacun des Français ».

Des partis moins structurants

Plusieurs lectures convergent pour relier l’inflation des candidatures à l’affaiblissement des partis politiques. Aurore Malval, grand reporter au service politique de Marianne, considère que les formations partisanes peinent désormais à faire émerger des leaders incontestés. Selon elle, l’investiture d’un parti ne garantit plus la capacité à s’imposer parmi les principaux candidats, ni à l’emporter.

Elle cite le cas de Bruno Retaillot, pourtant vainqueur en interne et à nouveau validé par sa famille politique, mais toujours concurrencé par David Distard, tandis que Xavier Bertrand et Michel Barnier laissent également entendre leur disponibilité. Pour Aurore Malval, cette situation s’inscrit dans une séquence ouverte par la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, qui a accentué la fragilisation des appareils partisans.

L’historien Arnaud Tessier voit aussi dans cette profusion un phénomène « un peu narcissique », nourri par la recherche d’exposition médiatique et par la volonté de « prendre des gages pour l’avenir ». Il estime néanmoins que la sélection finit par s’opérer sous l’effet des parrainages, du coût des campagnes et des règles de remboursement.

Les primaires, solution ou facteur de confusion

L’idée d’une primaire ne fait pas consensus. Otman Nasrou, secrétaire général des Républicains, rejette toute perspective de ce type sans accord préalable sur le format, le périmètre et les participants. « Je crois que ceux qui pensent qu’on va simplement se mettre d’accord sur un candidat unique et que ça va permettre de sortir le pays de difficultés et de ce second tour, je pense n’ont rien compris », déclare-t-il.

Sur le fond, John Christopher Roland, constitutionnaliste et maître de conférences à l’université Paris-Nanterre, rappelle qu’un vainqueur de primaire « classique » n’a gagné qu’une seule fois l’élection présidentielle, avec François Hollande, même si Nicolas Sarkozy avait lui aussi été désigné par son parti. Il juge que les primaires ne relèvent pas de la tradition politique française et qu’elles procèdent à la fois de l’affaiblissement des grands partis et d’une personnalisation accrue de la compétition.

Arnaud Tessier leur attribue des effets contre-productifs : elles « brouille[nt] le paysage politique », compliquent le jugement des électeurs, favorisent des « marchandages » et traduisent une « confusion idéologique ». Selon lui, les deux seules formations épargnées par ces débats sont La France insoumise et le Rassemblement national, en raison d’une « certaine cohérence idéologique ».

Le verrou du financement

La question du financement des campagnes pèse également sur la sélection réelle des candidats. Fin juillet, le groupe Crédit mutuel a annoncé qu’il n’accorderait « de prêt à aucun candidat en 2027 ». Trois risques sont mis en avant pour les banques : l’échec d’un candidat à franchir le seuil de 5 % des suffrages exprimés, qui conditionne le remboursement public des frais de campagne ; le rejet des comptes après l’élection, comme ce fut le cas pour Nicolas Sarkozy en 2012 ; et le risque d’image lié à l’association à une couleur politique.

Un candidat à l’élection présidentielle doit emprunter en moyenne entre 8 et 10 millions d’euros par campagne. En 2017, Emmanuel Macron avait rencontré des difficultés à obtenir un prêt et avait dû souscrire une assurance pour convaincre une banque. Marine Le Pen a, lors de précédentes campagnes, eu recours à des banques russes et hongroises.

Le gouvernement étudie la création d’un « pool bancaire » permettant à plusieurs banques de prêter collectivement aux candidats. Aurore Malval souligne que les dons privés existent, mais qu’ils restent plafonnés et difficiles à mobiliser. À ses yeux, la question dépasse la seule présidentielle et concerne l’ensemble du financement de la vie politique.

Une élection qui continue de structurer toute la vie politique

Au-delà du nombre de candidatures, cette séquence confirme la place centrale de la présidentielle dans les institutions françaises. Aurore Malval observe qu’un responsable politique non candidat à l’Élysée n’est pas perçu comme une personnalité de premier plan. La déclaration de candidature devient alors un acte qui permet de construire une stature de « présidentiable » et de « prendre date pour l’avenir ».

John Christopher Roland estime que le quinquennat a encore accentué cette dynamique, avec une personnalisation et une « pipolisation » de la vie politique renforcées par les réseaux sociaux, dans une forme de campagne quasi permanente. Arnaud Tessier relie, lui, la prééminence présidentielle à la conception gaullienne des institutions et à la volonté d’un exécutif fort, capable de décisions rapides.

Le débat porte aussi sur une éventuelle évolution du rôle présidentiel. John Christopher Roland juge possible de conserver l’élection au suffrage universel direct tout en réduisant la verticalité du pouvoir présidentiel, au profit d’un gouvernement réellement responsable devant le Parlement. Arnaud Tessier s’y oppose, estimant qu’une telle réforme reviendrait à « débrancher la Ve République ».

Dans ce contexte, le scrutin présidentiel conserve un poids démocratique singulier. La participation y reste supérieure à celle des autres élections, à 72 % selon les chiffres cités. Pour Arnaud Tessier, supprimer l’élection du président au suffrage universel direct priverait la Ve République de son principal ressort démocratique.