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« Nos ancêtres les Gaulois » : comment le XIXe siècle a fabriqué un mythe national

L’idée selon laquelle les Français descendraient directement des Gaulois relève d’une construction politique et scolaire élaborée au XIXe siècle. Les données archéologiques, historiques et génétiques décrivent au contraire un peuplement ancien, composite et traversé par de multiples migrations.

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L’expression « nos ancêtres les Gaulois » ne renvoie pas à une continuité simple entre l’Antiquité et la France contemporaine. Elle est présentée comme une construction politique du XIXe siècle, élaborée pour donner à la nation française des origines anciennes, homogènes et distinctes, bien plus que comme le reflet fidèle de l’histoire du peuplement du territoire.

Dans cette lecture, le terme même de « Gaulois » pose problème. Il est avancé que les habitants de la Gaule celtique ne se désignaient pas ainsi eux-mêmes, mais se nommaient « Celtes » dans leur propre langue. Le mot « Gaulois » est attribué à Jules César, sous la forme latine « Galis ». La Gaule, de surcroît, ne correspondait pas à la seule France actuelle : elle englobait aussi des espaces correspondant notamment à la Suisse, à la Belgique, au nord de l’Italie et à certaines régions allemandes.

Une invention nationale du XIXe siècle

La mise en récit des Gaulois comme ancêtres des Français est située en 1828 avec Amédée Thierry et son Histoire des Gaulois. D’autres historiens, comme Henry Martin, sont ensuite associés à une relecture des textes antiques destinée à réécrire l’histoire de France non plus à partir des dynasties, mais comme celle d’une nation vieille de 2 000 ans. Dans ce cadre, les Gaulois deviennent les ancêtres originels des Français, tandis que se développent des légendes autour de Vercingétorix.

Napoléon III contribue ensuite à institutionnaliser ce récit en faisant ériger un monument à Vercingétorix à Alésia, dans un contexte européen marqué par la montée des nationalismes. Sous la IIIe République, l’historien Ernest Lavisse participe à la diffusion large de cette vision dans les manuels scolaires. Il la justifie ainsi : « Un pays comme la France ne peut vivre sans poésie. »

L’usage de « Gaulois » plutôt que de « Celte » est présenté comme un choix permettant d’ancrer l’idée d’une nation française millénaire, séparée des autres ensembles européens. L’objectif attribué à cette construction est aussi de définir des origines françaises « pures souche » afin de distinguer les « vrais Français » des immigrés, dans le contexte des premières grandes vagues d’immigration et de l’expansion coloniale. L’expression relèverait ainsi davantage d’une politique identitaire que de l’histoire.

Un peuplement ancien et multiple

Les données archéologiques et génétiques mobilisées vont à l’encontre de l’idée d’un ancêtre gaulois unique. La protohistoire est décrite comme marquée par deux grandes vagues migratoires génétiquement distinctes : l’une venue d’Anatolie au Néolithique, l’autre des steppes pontiques à l’âge du bronze.

La chronologie avancée remonte d’abord à des chasseurs-cueilleurs installés sur le territoire de l’actuelle France il y a plus de 10 000 ans. Environ 7 000 ans avant aujourd’hui, des agriculteurs venus d’Anatolie, correspondant à l’actuelle Turquie, auraient apporté l’agriculture, l’élevage et la poterie. Puis, il y a environ 4 500 ans, des populations nomades venues des steppes pontiques, entre l’actuelle Ukraine et la Russie, se seraient diffusées en Europe. Il est affirmé qu’environ la moitié du génome des Européens de cette période provient de ces éleveurs des steppes.

Les populations ayant occupé le territoire français conserveraient ainsi des composantes issues de trois grands ensembles : les chasseurs-cueilleurs de la fin du Paléolithique, les agriculteurs du Néolithique et les nomades des steppes de l’âge du bronze. Dans cette perspective, les Celtes, assimilés ici aux Gaulois, sont issus de ce mélange et ne constituent ni une origine première ni une origine exclusive.

Les études sur les génomes de l’âge du fer sont également invoquées pour écarter l’image d’un peuple gaulois homogène. Elles mettent en avant la complexité des échanges biologiques et culturels entre les populations de cette période.

Les Gaulois, une composante parmi d’autres

L’ascendance des populations françaises est décrite comme multiple. Elle inclut les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, les agriculteurs anatoliens du Néolithique, les Indo-Européens des steppes, présentés comme porteurs des langues ancêtres du français, les Celtes et leurs nombreuses tribus, les Romains, les Francs germaniques, les Vikings en Normandie, ainsi que les Arabes et les Berbères dans le sud dans le cadre de siècles de contacts méditerranéens.

Le rappel vaut aussi pour les marqueurs les plus visibles de l’histoire nationale : le nom « France » viendrait des Francs, peuple germanique, et non des Gaulois ; le français, lui, est donné comme issu de la langue des Romains, qui ont occupé la Gaule pendant cinq siècles.

Les Gaulois apparaissent dès lors comme une composante importante du passé, mais comme une composante parmi d’autres. L’idée d’une identité unique à l’origine est contestée jusque dans sa formulation la plus générale : « Rechercher une identité commune, là où il n’y a dès l’origine qu’une pluralité d’identité est un exercice 20. L’inventer puis l’imposer comme un fait est un mensonge. »

Une image antique longtemps déformée

La représentation traditionnelle des Gaulois comme un peuple rustre, barbare et inculte est également remise en cause. Les Celtes sont décrits comme des cultivateurs, des guerriers et des commerçants insérés dans des relations avec le monde méditerranéen antique.

Ils auraient construit des villes, désignées ici comme « opidomes », maîtrisé le travail du métal, disposé de druides présentés comme une classe intellectuelle et religieuse, et entretenu des échanges avec les Grecs, les Étrusques et les Romains. L’image du Gaulois sauvage est, elle, attribuée à la tradition romaine.