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Présidentielle 2027 : de fausses campagnes attribuées à la Russie ciblent déjà plusieurs responsables politiques

Depuis l’été 2026, de faux contenus visant Édouard Philippe, Gabriel Attal ou Raphaël Glucksmann circulent sur X, TikTok et des sites imitant des médias. Leur audience reste limitée, mais leur médiatisation relance le débat sur l’effet réel de la désinformation et sur la réponse des pouvoirs publics.

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À plus d’un an de l’élection présidentielle de 2027, plusieurs opérations de désinformation attribuées à la Russie visent déjà des responsables politiques français. Depuis la fin juillet, de faux contenus ont ciblé Édouard Philippe, Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann, en reprenant les codes visuels de médias reconnus ou en diffusant de fausses vidéos sur les réseaux sociaux. Ces publications présentent toutefois une portée limitée, avec quelques centaines à quelques milliers de vues seulement.

L’un des faux contenus les plus grossiers comportait un message rédigé en français approximatif : « Ceci message très important pour peuple France. Gabriel Gluxman pas bon pas bon candidat président 2027 voté Vladimir Poutine président de toute Europe. Zario vive Europe. » Une autre séquence, présentée comme authentique, a été contestée après l’apparition, une fois le contraste augmenté, d’une date impossible : « le 33 août 2026 ». Une spécialiste rappelle qu’août ne compte que 30 ou 31 jours et juge cette mention « rigoureusement impossible ».

À partir du 23 juillet, Édouard Philippe a été visé par un contenu lui attribuant un « diagnostic de démence fronte temporale ». Début août, Gabriel Attal a à son tour été ciblé par des vidéos diffusées sur X et TikTok, imitant l’habillage de médias comme Le Monde, RFI, Le Parisien ou l’AFP. Ces contenus lui prêtaient notamment une « haine cachée envers les femmes », affirmaient que son père serait mort d’une overdose de cocaïne après lui avoir légué un empire de la drogue, puis soutenaient quelques jours plus tard qu’il serait atteint de la maladie de Parkinson.

Raphaël Glucksmann a également été visé au début du mois d’août par un faux site miroir de Blast. Ce site accusait Léa Salamé d’avoir tenté de soudoyer des médias pour améliorer l’image de son mari. L’opération aurait ensuite été amplifiée par de faux comptes sur X, dont Arch News. Une fausse vidéo attribuée à Edwy Plenel y affirmait : « J’ai récemment reçu un courrier de madame Léa Salamet. Dans ce message, elle m’a demandé d’organiser une couverture médiétique sur MAP par favorable à son mari Raphaël Gluxman. » Un faux courriel attribué à Léa Salamé présentait aussi un programme politique imputé à Raphaël Glucksmann.

Une visibilité faible, mais un effet de caisse de résonance

Ces contenus ont eu, selon les éléments disponibles, une diffusion réduite. Cette faible audience nourrit un débat sur la manière de traiter publiquement ce type d’opérations. VIGINUM, le service chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, recommande de ne pas relayer ces messages et de ne pas répondre directement à une fausse information touchant une organisation. Le service « regrette la publicité faite autour de ces opérations qui donnent plus de visibilité à des contenus qui ne sont que très peu vus par les citoyens » et estime que « c’est exactement le but recherché par les opérateurs qui souhaitent avant tout saturer le débat public et les capacités de vérification des journalistes ».

La question porte donc autant sur l’existence de ces manipulations que sur leur amplification secondaire par les médias et les responsables politiques visés, qui peuvent ensuite les réutiliser dans la confrontation électorale.

Du faux vérifiable à la « fracture » du débat public

Le vocabulaire employé pour décrire les ingérences a évolué au fil des années. Après 2016, aux États-Unis, il était surtout question de campagnes destinées à « saper la confiance » et à semer la discorde. En France, la notion de « manipulation de l’information » s’est imposée autour de la loi de décembre 2018. Avec la création de VIGINUM en 2021, l’expression « polariser le débat public numérique » est apparue, avant qu’un registre plus centré sur la cohésion nationale et les « fractures » de la société ne prenne de l’ampleur.

Le ministère des Affaires étrangères a ainsi expliqué, à propos de l’affaire des étoiles de David taguées à Paris et en Île-de-France fin 2023, que « les commanditaires visent à attiser les haines, cherchent à nous monter les uns contre les autres ». Cette évolution déplace en partie l’attention, du caractère faux d’un contenu vers l’intention supposée de ses auteurs et vers ses effets sur le climat politique.

Un impact électoral difficile à établir

Plusieurs travaux cités sur les campagnes de désinformation en ligne invitent à relativiser leur effet direct sur les comportements électoraux. Une étude de 2023 sur la campagne Twitter de 2016 aux États-Unis conclut que 1 % des utilisateurs ont reçu 70 % des expositions à la propagande russe et qu’aucune preuve d’un effet significatif sur les attitudes politiques, la polarisation ou le vote n’a été démontrée. Un article scientifique publié dans Science en 2019 avançait déjà que 1 % des utilisateurs concentraient 80 % de la lecture des fake news sur Twitter pendant la présidentielle américaine de 2016.

Cette lecture conduit à distinguer les opérations d’influence en ligne, souvent limitées en portée, d’autres formes d’ingérence plus lourdes, situées en dehors d’internet.

Une réponse politique et législative en expansion

En France, le cadre légal s’est renforcé. Une loi adoptée en 2024 contre les ingérences étrangères vise notamment les agissements commis « directement » ou « indirectement », « à la demande ou pour le compte d’une puissance étrangère », y compris par la diffusion d’informations « fausse[s] ou inexacte[s] », lorsqu’ils portent atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Laurent Nuñez veut encore renforcer la législation applicable aux élections.

Dans le même temps, le débat s’étend désormais à d’autres terrains : « ingérences intérieures », régulation des réseaux sociaux, surveillance numérique ou contrôle accru des plateformes. L’enjeu dépasse ainsi la seule vérification des faux contenus : il touche à la définition même de ce qui constitue une menace pour le débat démocratique et à la manière dont les États choisissent d’y répondre.