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Aux États-Unis, l’âge des millionnaires a façonné la concentration des richesses et la riposte progressiste

De Rockefeller à Carnegie et Morgan, l’essor des grandes fortunes américaines à la fin du XIXe siècle s’est appuyé sur les monopoles, la finance et un système politique largement acquis aux intérêts privés. Cette séquence a aussi suscité une réaction progressiste, entre antitrust, impôt sur le revenu et régulation.

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La concentration des richesses aux États-Unis s’inscrit dans une histoire ancienne. Dès la fin du XIXe siècle, l’ascension de quelques industriels et financiers a fait émerger une élite capable d’influencer à la fois les marchés, le travail et les institutions. John Davison Rockefeller Sr., Andrew Carnegie et John Pierpont Morgan dominent alors l’économie américaine, au moment où le pays devient l’un des centres du capitalisme mondial.

Cette période voit se former en quelques décennies une nouvelle classe de millionnaires. À New York, les signes extérieurs de richesse frappent les contemporains. Lors d’un bal costumé organisé à l’Astoria par 400 des familles les plus riches, The New York Times écrivait que le budget de la soirée aurait pu nourrir 6 000 familles new-yorkaises pendant un an. La réception comptait 28 plats, 4 000 bouteilles de Moët et Chandon et nécessita la mobilisation de 800 policiers pour contenir la foule.

La mécanique des monopoles

La fortune de Rockefeller repose d’abord sur Standard Oil. Parti d’une petite raffinerie à Cleveland, il obtient de meilleurs tarifs ferroviaires que ses concurrents, casse les prix puis rachète ou fait disparaître les autres raffineries locales. En deux ans, Standard Oil contrôle 90 % du pétrole américain. Cette position permet ensuite de relever les prix. À la fin de 1883, The New York Times chiffre sa fortune à 129 millions de dollars et le décrit comme le chef du plus grand monopole du pays, « plus puissant que le gouvernement lui-même ».

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