Biens culturels, jeux vidéo, imprimantes, automobile : la montée d’un accès sous conditions
Films, musique, jeux vidéo, cartouches d’encre ou fonctions automobiles : dans plusieurs secteurs, l’achat d’un bien laisse place à des licences, abonnements ou options payantes. Une évolution qui modifie la notion même de possession pour les consommateurs.
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L’économie numérique étend un modèle dans lequel l’achat d’un produit ne signifie plus nécessairement sa possession pleine et entière. Dans les biens culturels comme dans certains équipements du quotidien, l’accès passe de plus en plus par un compte, une plateforme ou un abonnement, selon des règles fixées par l’entreprise qui exploite le service.
Des biens culturels à l’accès encadré
Cette évolution est particulièrement visible pour les films, les séries et la musique. Des services comme Netflix et Spotify reposent sur un accès à des catalogues plutôt que sur l’acquisition d’œuvres sous forme physique. Dans cette logique, le consommateur n’achète plus un bien qu’il détient, mais un droit d’usage encadré par les conditions du service.
Le jeu vidéo bascule vers la licence
Le jeu vidéo illustre nettement ce déplacement. Sony Interactive Entertainment aurait indiqué qu’à partir de 2028, ses nouveaux jeux PlayStation ne seraient plus commercialisés sur disque, mais uniquement en version numérique. Une telle orientation réduirait les coûts de distribution, de fabrication et de transport pour l’entreprise.
Pour les consommateurs, ce changement aurait aussi des effets directs. En l’état actuel des règles de revente du numérique, le marché de l’occasion à prix réduit disparaîtrait pour ces titres. Dans ce modèle, l’utilisateur ne possède pas réellement le jeu : il achète une autorisation d’y jouer, liée à un compte et, pour certains titres, au fonctionnement de serveurs dont la fermeture peut rendre le jeu inaccessible.
Sur PC, Steam occupe une place centrale dans la distribution. L’achat d’un jeu sur cette plateforme correspondrait là aussi à l’acquisition d’une licence d’utilisation, et non à la possession du jeu lui-même.
Des restrictions au-delà des contenus culturels
Cette logique ne se limite pas aux biens dématérialisés. HP Inc. propose ainsi un abonnement dans lequel les cartouches associées à l’offre ne fonctionnent que tant que l’abonnement reste actif. Si celui-ci est interrompu, HP Inc. pourrait désactiver à distance les cartouches HP Instant Ink à la fin du cycle de facturation, y compris lorsqu’elles contiennent encore de l’encre.
Dans l’automobile, Volkswagen AG figure parmi les constructeurs cités pour des véhicules proposant deux niveaux de puissance. Sur certains marchés, l’accès au niveau supérieur dépend d’un paiement ponctuel ou d’un abonnement. Le véhicule est bien acheté, mais certaines de ses capacités restent conditionnées à un versement continu.
La question de la résiliation
Le développement de ces modèles soulève aussi la question de la sortie des abonnements. Amazon.com, Inc. aurait accepté en 2025 un accord de 2,5 milliards de dollars avec la Federal Trade Commission, qui l’accusait d’avoir utilisé des méthodes trompeuses pour inscrire des clients à Amazon Prime et compliquer leur résiliation.
En France, un cadre spécifique a été mis en place avec la résiliation en trois clics, imposée en 2023. Cette mesure vise à faciliter la fin d’un abonnement souscrit en ligne.
Au-delà des secteurs concernés, le mouvement décrit est celui d’une progression des licences, abonnements et options payantes dans des domaines autrefois structurés par l’achat de biens possédés durablement. Pour les consommateurs, la conséquence est une part croissante d’accès révocables à des contenus, services ou fonctionnalités, à la place d’une propriété directe et librement cessible.