Salaires, dividendes, cotisations : le procès du Medef et des grands patrons
À l’approche de 2027, le patronat met en avant le coût du travail, les retraites ou les arrêts maladie. En face, plusieurs chiffres documentent une autre réalité : profits records, hausse des dividendes, allégements fiscaux et progression rapide des rémunérations des dirigeants.
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Le débat économique porté par le Medef met au premier plan la dette, la compétitivité, le coût du travail, les retraites ou les arrêts maladie. Mais les salaires et les conditions de travail y occupent une place bien plus réduite, alors même que les profits des grandes entreprises, les dividendes versés aux actionnaires et les rémunérations des dirigeants continuent de progresser.
Jean-Luc Mélenchon a placé la question salariale au centre en défendant une hausse du SMIC et des rémunérations. « Il faut augmenter le SMIC. Il faut augmenter le SMIC. Si vous n’augmentez pas les salaires, vous ne rigolerez pas longtemps parce que vous aurez la récession », a-t-il déclaré. Il a rappelé que « la consommation populaire, c’est 55 % du PIB » et averti : « vous rirez jaune si vous ne partagez pas davantage ».
Cette insistance sur les salaires intervient dans un contexte de ralentissement économique. Le lendemain, l’Insee annonçait que la France était menacée de récession, avec une croissance en panne, une inflation en hausse, un pouvoir d’achat en recul et un emploi déprimé.
Le coût du travail contesté par les chiffres
L’idée selon laquelle le principal problème viendrait d’abord du coût du travail est contestée par plusieurs données. Sur trente ans, le SMIC aurait à peine doublé, tandis que la fortune des ultra-riches aurait été multipliée par 14. En 2023, les entreprises du CAC 40 ont dégagé 153,6 milliards d’euros de bénéfices. Sur ce total, 67,8 milliards ont été versés en dividendes et 30,1 milliards consacrés aux rachats d’actions.
Oxfam relève qu’en 2023, la part de la rémunération du travail dans la valeur ajoutée est passée de 61 % à 51 % dans les 100 plus grandes entreprises françaises cotées. Entre 2011 et 2021, la dépense par salarié y a augmenté de 22 %, contre 57 % pour les versements aux actionnaires. Ces 100 entreprises ont versé en moyenne 71 % de leurs bénéfices sous forme de dividendes et de rachats d’actions.
L’organisation souligne aussi qu’entre 2011 et 2021, la rémunération des PDG de ces 100 plus grandes entreprises françaises cotées a progressé de 66 %, contre 21 % pour les salariés et 14 % pour les smicards.
Fiscalité, exonérations et grandes entreprises
La critique vise également la répartition de l’effort fiscal entre petites et grandes entreprises. Thierry Lafond pose la question du rôle du Medef : représenter « l’intérêt des patrons ou celui des riches ». En 2019, les PME acquittaient un taux effectif d’impôt sur les sociétés de 21,3 %, contre 17,1 % pour les grandes entreprises, d’après un rapport de la commission des finances de l’Assemblée nationale.
Patrick Martin, président du Medef, s’est opposé à la taxe Zucman, appelant les parlementaires à ne pas « tomber dans ce panneau » ni « se laisser impressionner » par ce qu’il a qualifié de « hold-up intellectuel et politique ». Gabriel Zucman lui répond que le taux de l’impôt sur les sociétés, principal impôt acquitté par les entreprises en France, est passé de 50 % en 1985 à 25 % en 2026. Il affirme que les grandes multinationales auraient, dans le même temps, délocalisé une part croissante de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, réduisant les recettes fiscales françaises.
Il cite le cas de TotalEnergies qui, bien qu’employant 37 000 salariés en France, n’y enregistrerait aucun bénéfice et n’y paierait donc pas d’impôt sur les sociétés.
Gabriel Zucman affirme aussi que le Medef s’est battu depuis les années 1990 pour réduire les cotisations sociales, avec « un immense succès ». Les exonérations de cotisations sociales atteindraient désormais 90 milliards d’euros par an, soit 3 % du PIB.
Arrêts maladie, retraites et conditions de travail
Le patronat et une partie de la droite mettent également l’accent sur les arrêts maladie et le coût de la protection sociale. Édouard Philippe a plaidé pour « rapprocher le brut du net », en renvoyant l’écart entre les deux au financement de la protection sociale. Bruno Retailleau a, lui, défendu un durcissement des règles sur les arrêts maladie.
Cette ligne intervient alors que les arrêts maladie renvoient aussi à des maladies réelles et aux conditions de travail. La branche accidents du travail-maladies professionnelles de la Sécurité sociale a recensé 764 décès à la suite d’un accident du travail en 2024, soit cinq de plus en un an et 119 de plus qu’en 2021, un niveau record depuis 2018. L’espérance de vie en bonne santé, elle, stagne.
Parallèlement, le gouvernement envisageait de réduire les dépenses de santé, notamment en fiscalisant les indemnités journalières d’arrêt maladie et en doublant les franchises médicales, avec un plafond annuel passant de 50 à 100 puis à 200 euros.
Le cas TotalEnergies
Patrick Pouyanné a défendu une baisse des charges et des aides, estimant qu’une hausse de 100 euros pour un salarié coûterait 300 euros à l’employeur. Maxime Combes rappelle cependant qu’entre 2019 et 2025, Patrick Pouyanné a augmenté sa rémunération de 72 %, soit près de 10 % par an en moyenne. Il ajoute qu’en 2026, TotalEnergies a versé 7,4 milliards de dollars de dividendes, soit un potentiel de 70 000 dollars par salarié.
L’exécutif a en revanche annoncé ne pas toucher au crédit d’impôt recherche, une dépense de 8 milliards d’euros que Maxime Combes juge inefficace.
La confrontation entre défense du « coût du travail » et critique du partage de la richesse dessine ainsi une ligne de fracture durable. Elle oppose la priorité donnée à la baisse des cotisations et des dépenses publiques à une autre lecture : celle d’une économie où les profits, les dividendes et les rémunérations des dirigeants progressent plus vite que les salaires.