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Économie Opinion

Dividendes records du CAC 40 : 61 milliards en trois mois, pendant que les aides publiques et l'austérité s’accumulent

Ce texte reflète le point de vue de son auteur, distinct du travail d'information de la rédaction.

Les entreprises du CAC 40 ont versé 61 milliards d’euros de dividendes au deuxième trimestre 2026, un niveau record. Ce niveau pose une question politique centrale : l’usage de richesses distribuées aux actionnaires alors que les aides publiques aux entreprises se chiffrent en centaines de milliards et que l’exécutif cherche 54 milliards d’économies.

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Les entreprises du CAC 40 ont versé 61 milliards d’euros de dividendes au deuxième trimestre 2026. À l’échelle européenne, aucune autre grande place boursière ne fait mieux ; dans le monde, seules les entreprises américaines les dépassent, avec 177 milliards de dollars. Ce record intervient dans un paysage budgétaire français marqué par deux réalités difficiles à concilier : des aides publiques massives aux entreprises et, dans le même temps, la préparation d’économies à hauteur de 54 milliards d’euros pour le budget 2027.

Le contraste met au premier plan la question du partage des richesses. Dans un post sur X, Anasse Kazib, candidat de Révolution Permanente à la présidentielle, affirme : « Simplement avec les 61 milliards de dividendes versés ce trimestre aux actionnaires, on pourrait financer et revenir sur les cinq réformes des retraites : 1993, 2003, 2010, 2014 et 2023. C’est-à-dire : retour de l’âge légal à 60 ans demain matin, diminution de la durée de cotisation, retour vers un calcul plus favorable de la pension sur les dix meilleures années ». La formule est politique, mais elle s’appuie sur un fait brut : en un seul trimestre, les dividendes du CAC 40 atteignent un montant qui rivalise avec les grandes masses de dépenses publiques régulièrement intenables.

Des aides publiques colossales, au contrôle flou

Le montant des aides publiques aux entreprises est chiffré à 270 milliards d’euros par an, sous forme de subventions, niches fiscales, exonérations de charges patronales et crédit d’impôt recherche. Un autre chiffrage évalue ce total à 211 milliards d’euros. Ces deux évaluations reflètent des périmètres différents des aides publiques. Dans les deux cas, l’ordre de grandeur est considérable. Le total de 270 milliards d’euros est le premier poste de dépense de l’État français, devant l’éducation, la recherche et l’enseignement supérieur. Il place ces soutiens au cœur du débat budgétaire, loin de l’image de dispositifs marginaux ou strictement ciblés.

Le problème n’est pas seulement leur volume, mais aussi leur contrôle. Lors de la commission d’enquête du Sénat sur les aides publiques aux entreprises, le sénateur PCF Fabien Gay a cité le cas de Carrefour : « En six ans, les exonérations, additionnées au CICE, s’élèvent à 2,3 milliards d’euros. Or, sur cette même période, les dividendes versés atteignent 2,8 milliards d’euros ». La proximité des montants résume à elle seule une question explosive : jusqu’où l’argent public soutient-il indirectement la rémunération des actionnaires ?

« Ce que les entreprises en font, on ne sait pas. Enfin, elles peuvent en faire ce qu’elles veulent. »

Evens Salies, économiste de l’OFCE

Là encore, le sujet n’est pas anecdotique. Si l’un des principaux outils de soutien public aux entreprises reste aussi peu traçable, l’argument de l’efficacité économique perd une part de sa crédibilité.

Dividendes en hausse malgré les crises et les restructurations

À l’échelle mondiale, les dividendes des 1 500 plus grandes entreprises ont augmenté de 7,3 % en 2026. La dynamique ne date pas d’hier. Pendant les premières années de la pandémie de Covid-19, les dividendes versés par les grandes entreprises ont progressé de 22 % entre 2020 et 2021, alors même que les résultats des entreprises du CAC 40 avaient chuté de plus de 55 %, d’après un rapport publié en 2021 par l’Observatoire des multinationales. Les aides publiques versées par l’État français pour faire face à la crise sanitaire ont contribué à maintenir ou accroître les dividendes, tandis que des suppressions d’emplois étaient menées.

Les exemples cités dessinent une mécanique désormais familière. Michelin a fermé deux sites en 2025 et supprimé 3 000 emplois sur deux ans, tout en versant près de 2 milliards d’euros de dividendes sur la même période. Renault a annoncé en 2026 un plan de 800 départs volontaires d’ingénieurs d’ici 2027, après 2,1 milliards de dividendes versés sur les trois dernières années. Chez Magellium Artal Group, une hausse salariale de 2 % a été proposée en 2026 lors des négociations annuelles obligatoires, soit le niveau le plus faible en cinq ans, tandis que 10 millions d’euros de dividendes étaient versés, dont la moitié proviendrait du crédit d’impôt recherche.

L’austérité pour les uns, les dividendes pour les autres

La contradiction est d’autant plus nette que le débat public est saturé d’appels aux efforts. Sébastien Lecornu demande aux travailleurs de se serrer la ceinture pour boucler le budget 2027 avec 54 milliards d’euros d’économies. Dans le même temps, les versements aux actionnaires atteignent, en trois mois, un niveau record.

Cette coexistence entre austérité budgétaire et générosité actionnariale met en lumière un choix de répartition. Quand les aides publiques sont massives, peu contrôlées et compatibles avec des dividendes records, les discours sur la nécessité des sacrifices perdent leur neutralité apparente. Ils deviennent l’autre face d’un système où l’argent circule abondamment vers le capital, tandis que les restrictions sont justifiées au nom des comptes publics.

Le montant des aides publiques au patronat est aussi chiffré à 211 milliards d’euros. Cette dépense soutient les taux de profit des grandes entreprises, tandis que les déficits publics servent ensuite à justifier des politiques d’austérité. Le texte défend en réponse l’interdiction des licenciements, la hausse des salaires, leur indexation sur les prix, ainsi que l’expropriation sans indemnité ni rachat des grandes multinationales et leur mise sous le contrôle des travailleurs.