Hôpital public : des économies promises en 2017 au choc du Covid-19
Avant la pandémie, la politique hospitalière engagée sous Emmanuel Macron a combiné objectifs d’économies, réorganisation et investissements ciblés. Sur fond de sous-financement dénoncé de longue date, les mobilisations de soignants se sont amplifiées jusqu’au choc du Covid-19.
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En 2017, Emmanuel Macron arrive à l’Élysée avec un programme qui prévoit 25 milliards d’euros d’économies sur la sphère sociale, dont 15 milliards sur l’assurance maladie. Cette orientation s’inscrit dans un contexte où l’hôpital public est déjà endetté, confronté à des équipements parfois vétustes et à des services engorgés. Elle repose sur une progression des dépenses de santé contenue à 2,3 % par an, tandis que le chef de l’État promet aussi des investissements dans l’hôpital.
Quelques mois plus tôt, alors candidat, Emmanuel Macron saluait déjà les économies réalisées sur la dépense publique par ses prédécesseurs : « on tient des objectifs de dépenses publiques, on les tient beaucoup mieux aujourd’hui qu’à 20 ans » ; « c’est formidable le progrès qui a été fait de ce côté-là ». Une fois élu, sa ligne sur l’hôpital est proche de celle de François Hollande, avec des inflexions sur la tarification à l’activité, qu’il souhaite réformer.
Cette politique repose sur l’idée que l’hôpital public serait trop vaste, exercerait trop de missions, accueillerait trop de patients qui pourraient être pris en charge ailleurs, et supporterait un coût de fonctionnement jugé trop élevé.
Une réorganisation sans réponse au manque de personnel
Un an après l’élection, le plan Ma santé 2022 est lancé. Il vise à lutter contre les déserts médicaux en formant davantage de médecins, à renforcer le virage ambulatoire et à reprendre une partie de la dette des hôpitaux. Le plan ne répond pas au sous-financement chronique de l’hôpital ni au manque de personnel.
Ce décalage apparaît très tôt. Peu après l’élection, un député de La République en marche alerte Emmanuel Macron sur la situation de l’hôpital, qu’il dit miné par une perte d’attractivité pour l’ensemble de ses personnels et par un sous-financement chronique. Le président lui répond : « J’en ai conscience, mais ça ne se résume pas à des aspects budgétaires. Il y a une autre organisation parce qu’on ne peut pas mettre des moyens dans un système qui est mal organisé, qui n’est pas assez bien organisé. »
En avril 2018, au CHU de Rouen, la contestation des soignants porte déjà sur les moyens, les budgets, les effectifs et les fermetures de lits et de services faute de personnel. Emmanuel Macron promet alors qu’« il y aura des moyens », tout en rappelant qu’« il n’y a pas d’argent magique » et qu’injecter des financements sans « moderniser » ni « transformer » le système ne reviendrait pas, à ses yeux, à « aider les gens ».
Des économies supplémentaires et une colère croissante
En 2018 et 2019, 2,6 milliards d’euros d’économies supplémentaires sont programmés. Dans le même temps, les rémunérations hospitalières restent un point de tension majeur. En 2019, la France est donnée 23e pour la rémunération des infirmiers et infirmières, derrière la Turquie, et les soignants français figurent parmi les moins bien payés des pays développés.
C’est dans ce contexte qu’est créé, en mars 2019, le collectif Inter-Urgences. En un an, la moitié des services d’urgence se mettent en grève. Les revendications sont précises :
- arrêt des fermetures de lits ;
- recrutement de davantage de soignants ;
- hausse de salaire de 300 euros par mois pour des personnels qui gagnent parfois 1 600 à 1 700 euros net mensuels après cinq à sept ans à l’hôpital public.
La contestation dépasse rapidement les urgences. Des collectifs et syndicats réécrivent aussi des paroles de morceaux populaires pour dénoncer la situation hospitalière. Une reprise de Basique, d’Orelsan, vise le développement de l’ambulatoire et la logique de rentabilité. Les paroles dénoncent notamment le renvoi à domicile de patients âgés, un « système qui se délite » et des personnels poussés « à bout ».
En septembre 2019, médecins, usagers et personnels rejoignent le mouvement au sein du collectif inter-hôpitaux. Le 14 novembre 2019, des milliers de personnes manifestent dans toute la France. Ce jour-là, Emmanuel Macron reconnaît l’ampleur de la crise : « Je crois que personne n’avait vu à ce point l’accélération du malaise et parfois des difficultés de fonctionnement véritable. » Aucune réforme de fond n’est alors annoncée.
Le plan présenté en septembre 2019 par Agnès Buzyn prévoit 750 millions d’euros sur trois ans. Rapporté aux 83 milliards d’euros du budget de l’hôpital, ce montant reste limité. La hausse générale des salaires n’est pas retenue : le dispositif repose sur des primes évaluées à 20 à 30 euros par mois pour des salaires de 1 600 à 1 700 euros net.
Le révélateur de la pandémie
Début 2020, l’épidémie de Covid-19 met brutalement l’hôpital sous tension. Entre mars et juillet, plus de 100 000 malades affluent à l’hôpital et un million d’hospitalisations sont annulées ou reportées en quelques semaines. En région parisienne et dans le Grand Est, les services de réanimation débordent et des patients sont transférés faute de lits disponibles. Dans les EHPAD, près de 15 000 résidents meurent. En réanimation, des soignants disent avoir été contraints de trier les patients.
La crise révèle aussi des pénuries de matériel et de protections. Des hôpitaux distribuent en urgence des protections assimilées à des sacs-poubelle pour compenser le manque de surblouses. Des soignants disent avoir vu mourir des patients faute de lits, de matériel, d’informations sur la maladie et de personnels suffisants. L’un des témoignages évoque le choix imposé entre « une personne de 20 ans et une personne de 60 ans ».
À la veille du premier confinement, Emmanuel Macron infléchit son discours sur les services publics. Il rend hommage aux soignants, « héros en blouse blanche », et affirme que « la santé gratuite, sans conditions de revenu, de parcours ou de profession, notre État providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux ». Il ajoute : « il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ».