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Santé Analyse

Hexane dans l’alimentation : présence d’un solvant neurotoxique dans des produits du quotidien

Des huiles, beurres, laits, laits infantiles et même du poulet vendus en France contiennent des résidus d’hexane, affirme l’ONG Greenpeace. L’enquête met en cause un choix industriel de rendement autour d’un solvant que l’organisation présente comme toxique pour le système nerveux, dans un cadre réglementaire jugé dépassé.

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Des résidus d’hexane, un solvant dérivé du pétrole utilisé dans l’industrie agroalimentaire, ont été retrouvés dans 36 des 56 produits testés en France. Huiles végétales, beurres, lait, lait infantile et cuisses de poulet figurent parmi les références citées dans l’enquête. L’enjeu dépasse la seule question de la contamination ponctuelle : il met en lumière l’usage persistant, dans la chaîne alimentaire, d’une substance que Greenpeace présente comme toxique pour le système nerveux.

Les produits mentionnés incluent notamment les huiles Isio 4 Lesieur, Simply Carrefour, Cœur de Tournesol Lesieur et Fleur de Colza Lesieur ; plusieurs beurres Président, Elle & Vire, Les Croisés et Paysan Breton ; des cuisses de poulet Monoprix ; des laits infantiles Blédina et Gallia ; ainsi que du lait demi-écrémé Lactel et Délisse.

L’hexane sert à extraire l’huile des graines de colza, de soja et de tournesol. Mais le procédé ne s’arrête pas aux bouteilles d’huile en rayon. Il produit aussi des tourteaux déshuilés riches en protéines, destinés à l’alimentation animale. C’est là que le problème prend une autre dimension : selon l’organisation, des traces d’hexane se retrouveraient ensuite dans des produits issus d’animaux nourris avec ces tourteaux, comme le beurre, le lait, y compris infantile, ou la viande de poulet.

Une logique de rendement au cœur du système

Cette contamination à deux niveaux dessine une mécanique industrielle difficile à justifier au regard des risques mis en avant. L’organisation estime que l’hexane pourrait être écarté des procédés, mais avec des rendements plus faibles. Elle met directement en cause cette logique de rentabilité : avec l’hexane, environ 97 % de l’huile de la graine seraient extraits, contre 89 % avec une extraction mécanique sans hexane.

Autrement dit, le maintien de ce solvant ne relèverait pas d’une impossibilité technique, mais d’un arbitrage productif. Le choix est d’autant plus contesté que l’organisation présente l’hexane comme un potentiel perturbateur endocrinien et une substance suspectée d’être reprotoxique. Il est aussi classé comme substance CMR par l’Agence européenne des produits chimiques.

Le Groupe Avril est placé au centre de cette organisation industrielle. Le groupe détient notamment Lesieur et PUGET, ainsi que Sanders, le leader français de l’alimentation animale. Plus de la moitié des graines oléo-protéagineuses triturées en France seraient transformées par Groupe Avril, qui disposerait d’un quasi-monopole dans la filière française des oléoprotéagineux. Neuf graines sur dix y seraient transformées dans des usines utilisant de l’hexane.

Une réglementation en retard

L’autre faille pointée concerne l’encadrement sanitaire. La réglementation est jugée « faible et obsolète ». Les données toxicologiques servant de base à cet encadrement datent de près de 30 ans et ont été fournies par l’industrie. En 2024, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a jugé ces données insuffisantes et inadéquates dans son rapport technique sur la nécessité de réévaluer la sécurité de l’hexane utilisé comme solvant d’extraction dans la production de denrées alimentaires et d’ingrédients alimentaires.

Pourtant, ces données restent la base de la réglementation actuelle. Le décalage est frappant : une substance dont les bases toxicologiques sont jugées insuffisantes continue d’être utilisée dans des procédés touchant des aliments de grande consommation.

La couverture réglementaire apparaît en outre incomplète. La directive 2009/32/CE sur les solvants d’extraction utilisés dans la fabrication des denrées alimentaires et de leurs ingrédients ne couvre pas, selon l’organisation, la contamination par des produits issus d’animaux ayant ingéré de l’hexane. L’organisation en déduit qu’une partie du problème n’est pas prise en compte.

Le consommateur tenu dans l’ignorance

À cette faiblesse du contrôle s’ajoute une absence d’information. L’hexane n’apparaît pas sur les étiquettes, car il est classé comme « auxiliaire technologique ». Le consommateur ne peut donc pas savoir, affirme l’organisation, en lisant la liste des ingrédients si un produit contient ou non des résidus de ce solvant.

Le contraste est d’autant plus saisissant qu’en 2014, l’Anses recommandait déjà aux femmes enceintes d’éviter les produits de bricolage, d’entretien et les répulsifs contenant de l’hexane. L’organisation demande pourquoi des restrictions comparables ne s’appliquent pas aux produits alimentaires.

L’organisation demande désormais l’interdiction de l’hexane comme solvant d’extraction dans tous les produits alimentaires en France, qu’ils soient destinés aux humains ou aux animaux d’élevage. Elle réclame aussi l’interdiction d’importer et de vendre des produits contenant des résidus d’hexane, ainsi que l’étiquetage obligatoire des auxiliaires technologiques. Au vu des produits concernés et des zones grises réglementaires décrites, la question n’est plus marginale : elle touche au cœur de ce que l’industrie considère encore comme acceptable dans l’assiette.