Rachida Dati peine à étayer les 900 000 euros perçus pour Renault-Nissan
Jugée dans le dossier de ses prestations pour Carlos Ghosn, Rachida Dati soutient avoir agi comme avocate au Maghreb et au Moyen-Orient. Mais entre absence de traces écrites, missions peu documentées et opposition entre réseau politique et expertise juridique, sa défense laisse de nombreuses zones d’ombre.
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Rachida Dati a eu du mal à justifier le travail accompli pour Carlos Ghosn dans le dossier des 900 000 euros perçus pour des missions de lobbying. La maire du VIIe arrondissement de Paris, ancienne ministre de la Culture, avocate et prévenue devant le tribunal correctionnel, a défendu l’idée d’une activité d’avocate au service de l’alliance Renault-Nissan au Maghreb et au Moyen-Orient.
Le cœur du dossier tient à une question simple : qu’a-t-elle précisément fait pour ces honoraires de 300 000 euros par an ? Rachida Dati affirme avoir elle-même proposé ses services à Carlos Ghosn après son élection au Parlement européen en 2009, au moment où elle créait sa société de conseil La Bourdonnais Consultants. Elle dit lui avoir expliqué qu’elle allait devenir avocate et pouvoir intervenir sur la zone Maghreb-Moyen-Orient.
Cette chronologie entretient pourtant des interrogations sur l’articulation entre activité politique, activité de conseil et future activité d’avocate. Rachida Dati a soutenu qu’au printemps 2009 son entrée au barreau n’était « pas acquise », avant d’expliquer qu’en septembre de la même année l’Ordre des avocats lui avait annoncé une intégration « dans quelques mois ». Entre-temps, elle avait créé une structure de conseil, rapidement liquidée par la suite.
Un conflit d’intérêts au centre des interrogations
La difficulté ne tient pas seulement à la nature du contrat, mais aussi à la position de Rachida Dati au moment des faits. Élue européenne, elle a fait valoir que « les activités rémunérées sont autorisées » et qu’il n’y avait « aucun problème », en assurant que son objectif était le barreau. Sur le plan formel, l’argument répond partiellement à la question. Sur le fond, il ne dissipe pas les interrogations sur un mélange des genres entre mandat public et valorisation privée d’un carnet d’adresses.
C’est d’ailleurs là que les versions divergent le plus nettement. Rachida Dati affirme : « Dès le départ, Carlos Ghosn a souhaité que je sois l’avocate de l’Alliance Renault-Nissan au Maghreb. » Mais Carlos Ghosn, entendu au Liban, a assuré qu’il ne recherchait pas ses compétences juridiques et visait plutôt le réseau de la responsable politique pour faire de « la diplomatie des affaires ».
Cette contradiction est centrale. Si le contrat relevait d’une mission d’avocate, il fallait en démontrer le contenu juridique. S’il reposait surtout sur l’influence et les contacts d’une élue, la nature même de la prestation devient beaucoup plus problématique.
Des missions décrites, mais peu documentées
Rachida Dati a détaillé plusieurs tâches : veiller au Maroc à la bonne exécution d’un contrat signé en 2007, trouver en Algérie les conditions d’un environnement législatif favorable à des investissements, ou encore sauvegarder des investissements en Iran. Elle a opposé ces missions au travail du service juridique de Renault, fort de 200 personnes, en expliquant que les juristes s’occupaient de la stratégie quand elle relevait de « l’opérationnel ».
L’argument soulève une autre faiblesse : cette activité opérationnelle reste difficile à vérifier. Rachida Dati ne s’est jamais rendue ni en Turquie ni en Iran pour ces missions. Elle a aussi reconnu l’absence de comptes rendus écrits, en expliquant que Carlos Ghosn n’en voulait pas. « C’était mon premier client. Je me suis pliée à ses exigences », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « Je n’ai pas à garder de documents au-delà de cinq ans. »
L’absence d’éléments matériels complique la démonstration du travail fourni. Des honoraires de cette ampleur supposent habituellement des éléments concrets permettant d’attester du travail fourni. Or la défense repose ici sur des affirmations générales, quelques descriptions de contacts et même l’évocation d’un rendez-vous téléphonique avec les gardiens de la Révolution iraniens, sans pièces écrites venant consolider l’ensemble.
Rachida Dati a aussi insisté sur le fait qu’il s’agissait bien « d’honoraires » et qu’elle avait été fiscalisée « pratiquement à 50 % ». Cet argument atteste du traitement fiscal des sommes perçues, pas de la consistance des prestations. C’est l’une des principales difficultés du dossier : la rémunération est connue, le cadre contractuel est revendiqué, mais la réalité précise du travail reste, elle, largement insaisissable.