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Politique Analyse

Mercato des médias : recrutements contestés et bataille d’audience sur fond de droitisation éditoriale

L’arrivée de Sonia Mabrouk sur BFM TV et celle de Charles Sapin sur France Inter cristallisent une rentrée marquée par des tensions dans plusieurs rédactions. En toile de fond : la concurrence entre chaînes d’information et la place croissante de thèmes et de figures de l’extrême droite dans des médias généralistes.

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La rentrée médiatique de 2026 s’ouvre sur une série de recrutements qui alimentent de fortes tensions internes et relancent la question de l’équilibre éditorial dans plusieurs grands médias. L’arrivée de Sonia Mabrouk sur BFM TV et celle de Charles Sapin sur France Inter concentrent une grande partie des critiques, dans un contexte de concurrence renforcée entre chaînes d’information et de progression des thèmes portés par l’extrême droite dans des médias généralistes.

BFM TV face aux inquiétudes internes

Sonia Mabrouk a quitté CNews en février, après neuf ans au sein du groupe contrôlé par Vincent Bolloré, sur fond de « désaccords éditoriaux ». Son refus de partager l’antenne avec Jean-Marc Morandini, animateur condamné pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel, figure parmi les motifs avancés de cette rupture. Elle a rejoint BFM TV, où elle anime une tranche de soirée depuis le 24 août. Sur France Inter, elle a assuré qu’il n’était « pas question » de transformer BFM TV en chaîne d’opinion.

Son arrivée a toutefois suscité des inquiétudes au sein de la chaîne. Les syndicats et la société des journalistes de BFM TV dénoncent, depuis plusieurs semaines, un défilé de personnalités d’extrême droite et s’inquiètent de l’équilibre des plateaux. Dans le même temps, BFM TV chercherait, par ce recrutement, à consolider sa place de leader à l’approche de la présidentielle. La chaîne a repris la tête sur les cinq derniers mois, tandis que LCI enregistre son deuxième meilleur score mensuel historique et passe régulièrement devant sa rivale. CNews, malgré un recul d’audience, reste un concurrent de premier plan avec des figures comme Pascal Praud, Christine Kelly et Laurence Ferrari.

La rivalité est particulièrement visible en soirée, où Sonia Mabrouk affronte directement Christine Kelly sur la même tranche horaire. Cette dernière a relayé sur les réseaux sociaux un article du site de Jean-Marc Morandini mettant en avant les audiences de CNews et celles de son duo avec Pascal Praud, crédité d’un demi-million de téléspectateurs, contre 2 100 pour Sonia Mabrouk sur BFM TV.

France Inter sous tension

Autre nomination contestée : celle de Charles Sapin, ancien du Point, devenu durant l’été directeur adjoint de Valeurs actuelles et également éditorialiste sur France Inter pour la nouvelle saison. Ce recrutement a provoqué une forte contestation à Radio France, au point de faire émerger une menace de grève.

Sibyle Veil, présidente de Radio France, a défendu ce choix au nom du pluralisme. Elle a affirmé qu’« il n’y a pas en cette rentrée de radio plus pluraliste que France Inter » et dit vouloir réunir sur ses antennes « des gens qui ne pensent pas la même chose ». La contestation interne vise cependant l’arrivée d’un responsable éditorial de Valeurs actuelles, journal condamné à plusieurs reprises pour injure raciste ou provocation à la haine. Le maintien de Charles Sapin à l’antenne est un choix assumé par la direction malgré le risque de grève.

Cette polémique s’inscrit dans une séquence plus large à Radio France. Guillaume Meurice, un humoriste viré, avait été écarté après une blague visant Benyamin Netanyahou : « C’est une sorte de nazi mais sans prépuce. » Thomas Legrand est également cité parmi les départs, après l’affaire dite « Legrand-Cohen », largement montée en épingle par l’extrême droite. Lors de l’annonce de son départ, des syndicats de Radio France avaient estimé que sa mise à l’écart définitive signifiait : « nous cédons aux pressions politiques ». Nora Hamadi a elle aussi été retirée de sa revue de presse matinale, alors qu’elle devait initialement poursuivre sa chronique jusqu’à la présidentielle de 2027 ; elle s’est vu confier des reportages diffusés dans la matinale du week-end.

La ministre de la Culture a dénoncé une « chasse aux sorcières » et appelé à ne pas faire de « procès d’intention » dans cette affaire. Olivier Truchot, de RMC, a pour sa part qualifié Charles Sapin de « journaliste sérieux, rigoureux et intègre ».

Le pluralisme, enjeu central

Au-delà de ces cas, c’est l’évolution du paysage médiatique qui est en cause. L’argument du pluralisme, encouragé voire imposé par l’Arcom, fait l’objet de vives contestations. L’idée qu’une juxtaposition d’opinions opposées suffirait à garantir une information équilibrée est remise en question.

L’enjeu porte aussi sur les thèmes qui dominent l’agenda médiatique. La multiplication de profils venus de CNews, Frontières ou Valeurs actuelles s’accompagne d’une présence accrue de sujets comme l’immigration, l’insécurité, l’identité ou le « wokisme », tandis que l’écologie, les féminismes, les services publics et les luttes sociales occupent une place moindre.

Cette critique vise aussi des médias qui se présentent comme neutres. Le reproche formulé est celui d’un déplacement progressif de la « fenêtre d’Overton » par le recrutement de figures de la droite radicale, l’attribution d’émissions et de chroniques, et l’éviction parallèle de voix jugées trop à gauche, le tout présenté comme un simple rééquilibrage.

Dans ce contexte, les recrutements de la rentrée apparaissent comme bien plus qu’un simple jeu de chaises musicales. Ils participent à un déplacement du centre de gravité éditorial, sur fond de compétition d’audience et à quelques mois d’une présidentielleMarine Le Pen est donnée gagnante dans les sondages.