Profits records, coupes budgétaires et licenciements discrets : le grand écart des plus grands groupes
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Les grandes entreprises françaises ont cumulé 73 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre, en hausse de 34 % sur un an. Cette envolée contraste avec la recherche de 3 milliards d’euros d’économies publiques, le retour de l’inflation et des réductions d’effectifs jugées moins visibles que les plans sociaux.
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Soixante-treize milliards d’euros de bénéfices en six mois : le chiffre résume à lui seul le déséquilibre que met en lumière le premier semestre des grandes entreprises françaises. Alors que l’État cherche encore 3 milliards d’euros d’économies, dont 2 milliards dans son budget et 1 milliard dans la Sécurité sociale, les principaux groupes ont vu leurs profits bondir de 34 % sur un an. Le contraste est d’autant plus net que cette progression ne repose pas partout sur une dynamique industrielle nouvelle.
Le cas de TotalEnergies concentre cette critique. Le groupe aurait dégagé 10 milliards d’euros de bénéfices sur six mois, dans un contexte de hausse des prix du pétrole liée à la guerre. L’augmentation des marges, selon l’analyse avancée, ne serait pas liée à des investissements supplémentaires. Autrement dit, une partie de ces gains découlerait moins d’un effort productif que d’une situation internationale transformée en rente.
Cette lecture ne vise pas seulement les pétroliers. Elle s’étend aussi à des entreprises considérées comme stratégiques, mais dont l’État n’est plus qu’actionnaire minoritaire. Engie et Orange, héritières des privatisations de GDF et de France Télécom, auraient cumulé 6 milliards d’euros de bénéfices. Le reproche est clair : des groupes issus d’anciens services publics continuent de peser lourd dans l’économie nationale, mais les fruits de leur activité échappent désormais largement à la puissance publique.
La finance en première ligne
Le secteur bancaire et assurantiel apparaît lui aussi parmi les grands gagnants du semestre. BNP aurait gagné 7,5 milliards d’euros, AXA et « Crédit Patate » 5 milliards, et Société générale 3,5 milliards. À eux quatre, ces groupes totaliseraient 20 milliards d’euros de bénéfices.
Ces montants prennent une résonance particulière au moment où l’inflation repartirait à la hausse en France après une phase de stagnation, notamment sous l’effet des prix de l’énergie. L’analyse citée attribue aussi cette inflation à l’augmentation des marges des majors pétrolières. Dans ce schéma, la hausse des prix ne relève donc pas seulement d’un choc subi : elle devient aussi une source d’enrichissement pour les groupes les plus puissants.
Le luxe n’échappe pas à cette mécanique. LVMH est crédité de 5 milliards d’euros de bénéfices. Bernard Arnault est présenté comme renforçant encore sa puissance économique et médiatique. L’argument s’appuie notamment sur la mention de 60 licenciements au Parisien et aux Échos. Le rapprochement souligne une logique connue mais rarement formulée aussi frontalement : l’expansion financière d’un grand propriétaire peut coexister avec des réductions d’effectifs dans ses médias.
Des licenciements moins visibles
Autre point de friction : la baisse officielle des licenciements économiques. Elle est contestée à partir des chiffres de la Dares. L’analyse soutient que les licenciements non économiques ont augmenté, ce qui brouille le discours d’amélioration.
Le Monde est cité pour décrire des méthodes permettant d’éviter les plans sociaux formels : pression à la démission, ruptures conventionnelles, licenciements pour insuffisance. Le cas de « Quandevu France », présentée comme une multinationale de la santé, illustre ce déplacement. L’entreprise se serait séparée de 100 salariés sur 600, tout en n’affichant officiellement que 10 licenciements économiques. Le procédé change la statistique plus qu’il ne change la réalité des départs.
Cette question des méthodes est centrale. Car si les suppressions de postes passent moins par les canaux classiques, l’affichage public devient plus favorable aux entreprises, sans que la pression sur les salariés recule pour autant. La critique des plus fortunés ne porte donc pas seulement sur le niveau des profits, mais sur la façon dont ils sont préservés : par la captation de hausses de prix, par les effets de structure hérités des privatisations, et par des ajustements sociaux plus discrets.
Une hausse à relativiser, mais pas à effacer
Un élément nuance toutefois le tableau : la moitié de la hausse des bénéfices du CAC 40 proviendrait d’un jeu comptable lié à Renault et Stellantis. Cette précision ne supprime pas l’ampleur des profits, mais elle rappelle que tous les chiffres agrégés doivent être lus avec prudence.
Reste le mouvement d’ensemble. Entre bénéfices records, inflation alimentée par les prix de l’énergie, recherche d’économies publiques et contournement présumé des plans sociaux, le semestre dessine une concentration accrue des gains au sommet. Ce n’est pas seulement la richesse produite qui est en cause, mais les mécanismes par lesquels elle se concentre et se protège, pendant que l’ajustement se fait ailleurs : sur les budgets publics, sur les prix payés par les ménages et sur des salariés poussés vers la sortie sans grand bruit.