Panoramag
Social Actualité

Gros malaise sur CNews : se croyant hors antenne, une journaliste coache un bénévole en éclatant de rire

Venue rendre compte des incendies en Gironde, une journaliste de CNews a cru répéter hors antenne un échange avec un bénévole avant de découvrir qu’elle était en direct. La séquence, marquée par un rire et une tentative de recadrage, contraste brutalement avec la gravité du témoignage recueilli sur place.

Le décalage est saisissant. Alors qu’un bénévole décrit une forêt dévastée, une ville qu’il « ne reconnaît plus » et « un drame, une catastrophe », la journaliste qui l’interroge l’interrompt soudain : « C’est un entraînement ! » Puis vient un rire, bref mais bien réel, avant la prise de conscience. En quelques secondes, en plein direct depuis la Gironde touchée par les incendies, la séquence a fait basculer un reportage de terrain dans un moment de malaise télévisuel.

Mercredi 29 juillet, Mathilde Ibanez intervient pour CNews depuis les zones sinistrées. Sur le plateau de « L’heure des pros été », Eliot Deval introduit la séquence en promettant « le terrain, le terrain le vrai, pas le théâtre politique », puis donne la parole à sa correspondante, présentée aux côtés d’un bénévole. L’intention affichée est claire : faire entendre une parole de terrain au milieu d’une catastrophe qui frappe la Gironde depuis plusieurs semaines.

L’échange commence normalement. Quentin, bénévole mobilisé pour soutenir les pompiers, notamment en leur apportant de quoi manger, raconte ce qu’il a vu. Ses mots sont lourds : « C’est horrible ce qu’il s’est passé. » Il évoque Le Porge, une ville méconnaissable, et conclut : « C’est un film, c’est l’horreur, c’est n’importe quoi. » C’est précisément à cet instant que la scène déraille.

Mathilde Ibanez coupe alors son interlocuteur avec cette phrase : « C’est un entraînement ! » Elle ajoute : « Je vous explique comment… Je vous expliquerai après », avant de regarder la caméra, visiblement consciente qu’un problème technique est en train de se jouer en direct. Puis elle lance : « Euh les gars, pouce ! On était en duplex ou on n’était pas en duplex ? »

Un rire de trop dans une séquence censée montrer « le terrain »

L’incident peut se lire comme une simple bévue de direct. Mais il dit aussi autre chose : la fragilité d’un dispositif qui prétend capter le réel tout en le mettant en scène. Le problème n’est pas seulement qu’une journaliste se trompe sur le fait d’être ou non à l’antenne. C’est qu’au moment même où un bénévole raconte une catastrophe, elle semble croire qu’il faut encore le « préparer », le guider, en somme le coacher.

La contradiction est d’autant plus forte que la chaîne venait d’opposer « le terrain le vrai » au « théâtre politique ». Or la séquence a précisément donné à voir l’envers du décor : non pas une parole surgie dans sa nudité, mais une parole encadrée, et apparemment susceptible d’être répétée. Le direct n’a pas seulement révélé une erreur technique ; il a exposé un mécanisme de fabrication au moment où l’antenne prétendait montrer l’authenticité brute.

Le rire aggrave encore ce décalage. Pris isolément, il peut relever du réflexe nerveux face à un incident. Mais replacé dans la scène, il heurte le contenu du témoignage qui vient d’être livré. Quelques secondes plus tôt, il était question d’une forêt ravagée, d’une ville défigurée, d’une situation décrite comme « l’horreur ». Cette collision entre la gravité des mots et la légèreté involontaire du moment suffit à installer le malaise.

Une séquence embarrassante, sans conséquence immédiate à l’antenne

Depuis Paris, Eliot Deval recadre rapidement la situation : « Vous n’avez pas compris chère Mathilde que vous étiez en direct, en train d’échanger avec votre bénévole qui nous parlait de la situation. » Le présentateur passe ensuite à un autre interlocuteur en plateau, refermant l’incident aussi vite que possible.

L’épisode n’a, à première vue, pas eu de conséquence immédiate sur la présence de la journaliste à l’antenne. Mathilde Ibanez était de nouveau en direct le lendemain, jeudi 30 juillet, toujours depuis les zones touchées par les incendies.

Reste cette image tenace : celle d’un bénévole venu parler d’un désastre, soudain renvoyé au rôle de témoin qu’il faudrait ajuster avant diffusion. Dans un reportage consacré à une catastrophe, ce n’est pas un détail. C’est même ce qui rend la scène si embarrassante : elle brouille la frontière entre le témoignage recueilli et le témoignage mis en condition.