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Chômage des jeunes : un nouveau plan sans budget face à un décrochage que la France laisse s’installer

Alors que le chômage des 15-24 ans remonte fortement et que 1,5 million de jeunes restent hors emploi, études ou formation, le gouvernement lance un plan « Emploi futur » sans financement dédié. De quoi relancer les critiques sur des arbitrages publics jugés défavorables à l’insertion des jeunes.

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Le contraste est brutal : la France consacre 14 % de son PIB aux retraites, contre 5,2 % à l’éducation et à la jeunesse, tandis que le chômage des 15-24 ans atteint 21,1 %, en hausse de 2,2 points en un an. Dans ce contexte, le plan « Emploi futur » annoncé le 7 mai par le ministre Farandou apparaît d’emblée sous contrainte : 15 mesures, trois objectifs clés, mais aucun budget dédié. Le gouvernement admet lui-même que « la plupart des mesures ne nécessitent pas de moyens spécifiques ». Autrement dit, la réponse apportée à une dégradation rapide de l’emploi des jeunes repose d’abord sur des ajustements sans financement nouveau.

Ce décalage alimente une critique plus large sur les arbitrages publics. Dans une lettre au président datée du 4 mai, François Villeroy de Galhau estime qu’« implicitement nous avons fait depuis 15 ans des choix pour les seniors plutôt contre la jeunesse » et ajoute que, « si nous continuons à faire des choix aussi “gérontocratiques”, nous ne pouvons pas préparer l’avenir ». Eric Lombard formule le même grief de façon plus frontale : « nous finançons les retraites et la santé des boomers payés par leurs enfants et leurs petits-enfants, c’est une honte ».

Une dégradation sociale bien documentée

Les chiffres avancés dessinent une situation qui dépasse le seul marché du travail. Près de 800 000 jeunes chercheraient un emploi sans en avoir. Le nombre de jeunes ni en études, ni en emploi, ni en formation atteint 1,5 million, en hausse de 0,5 % sur un an. La France se situerait au-dessus de la moyenne européenne, fixée à 15 %, et loin de l’Allemagne, où le chômage des jeunes est présenté comme proche de 7 %.

À cette fragilité économique s’ajoute une dégradation des conditions de vie. 30 % des jeunes auraient renoncé à un emploi à cause du logement, 21 % à avoir des enfants, 20 % à se mettre en couple. Plus d’un sur deux, 51 %, aurait réduit son budget alimentaire, et 29 % renoncé à des soins médicaux. La formule de « crise des trois fins » — fin du mois, fin de la vie, fin du monde — résume une accumulation de contraintes matérielles, démographiques et écologiques. Mais derrière cette formule, les indicateurs pointent surtout une difficulté concrète à entrer dans l’autonomie.

Le risque d’un énième plan symbolique

Le problème n’est pas seulement l’existence d’un nouveau plan, mais sa place dans une longue série de dispositifs aux résultats contestés. Il est affirmé que 30 plans pour l’emploi des jeunes ont été lancés en 40 ans, sans effet durable sur un chômage présenté comme au même niveau qu’il y a quarante ans. La liste est longue : pactes pour l’emploi des jeunes, contrats de qualification, contrats d’orientation, contrats d’autonomie, contrat première embauche, garantie jeune, « 1 jeune 1 solution », plan d’accélération pour l’emploi des jeunes.

Dans ce paysage saturé d’annonces, une mesure comme l’information sur les débouchés professionnels à l’issue de chaque parcours de formation peut difficilement suffire à elle seule à enrayer une remontée du chômage. Le risque est alors connu : multiplier les instruments de pilotage et de communication sans corriger les déterminants les plus coûteux de l’insertion, notamment le logement, la rémunération et l’accès effectif à l’emploi.

L’apprentissage fragilisé au moment où il redevenait efficace

La faiblesse du plan est d’autant plus visible qu’un levier récent avait produit des effets. Entre 2015 et 2023, le taux de chômage des jeunes aurait été presque divisé par deux grâce à l’apprentissage, présenté comme le principal moteur récent de l’emploi des jeunes. Or les aides à l’apprentissage auraient fortement baissé cette année, et la part de rémunération des apprentis au-delà de 50 % du SMIC n’est plus exonérée de charges.

Cette inflexion a une conséquence immédiate : elle affaiblit les incitations pour les entreprises à recruter des apprentis et pour les jeunes à entrer dans l’emploi par l’alternance. La remontée actuelle du chômage des jeunes est attribuée au ralentissement de la croissance, au freinage des embauches par les entreprises et à la perte de puissance de l’alternance. Réduire l’un des rares dispositifs associés à une amélioration tangible tout en lançant un plan sans moyens dédiés expose une contradiction de fond.

Une question économique, mais aussi démographique

L’exemple italien sert ici d’avertissement. Un chômage des jeunes maintenu au-dessus de 30 % depuis 2010 y est associé à une fécondité de 1,10 enfant par femme, environ 370 000 naissances après seize années consécutives de baisse, et au départ de 150 000 Italiens par an, principalement des diplômés. La France est décrite comme engagée sur une trajectoire comparable, avec une natalité et une fécondité au plus bas, et un solde naturel devenu négatif, avec plus de décès que de naissances.

Le sujet n’est donc pas marginal. Il touche à la capacité du pays à former, retenir et projeter sa jeunesse. Si les arbitrages budgétaires continuent de privilégier la réparation du présent au détriment de l’investissement dans les générations suivantes, la hausse du chômage des jeunes pourrait n’être qu’un symptôme parmi d’autres d’un déséquilibre plus profond.