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En Île-de-France, les travaux d’été rallongent les trajets et accentuent les écarts de mobilité

Fermetures de lignes, navettes saturées, correspondances supplémentaires : les chantiers estivaux sur les transports franciliens compliquent fortement les déplacements. Pour de nombreux habitants des banlieues populaires, ces perturbations pèsent d’abord sur le temps de trajet, le coût et l’accès à la vie sociale.

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À Noisy-le-Grand-Mont d’Est, les voyageurs scrutent les panneaux d’affichage avant de se diriger vers les bus de remplacement. Le RER A y est interrompu du 8 au 23 août entre Vincennes et Noisy-le-Grand, et les navettes de substitution absorbent une partie du flux matinal vers Paris : c’est ce que révèle Mediapart. Sur le quai, un agent de la RATP répète au mégaphone l’itinéraire à suivre. À 8 h 30, une foule se met en marche.

Pour Amina, secrétaire dans un cabinet dentaire, le trajet du jour se passe sans incident. Mais elle dit avoir déjà voyagé dans des bus bondés, « entassée comme une sardine », faute de places suffisantes. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ces dernières semaines montrent des passagers qui se bousculent pour monter dans des navettes pleines, pendant que d’autres restent à quai.

Comme chaque été, le réseau francilien est affecté par des travaux de modernisation. En 2026, leur ampleur touche l’ensemble des RER, avec plusieurs tronçons interrompus, dont la ligne B entre Gare-du-Nord et Bourg-la-Reine. Métros et tramways sont aussi concernés, avec des stations fermées et de nombreuses coupures sur le T1, qui relie la Seine-Saint-Denis à Paris.

Île-de-France Mobilités rappelle que ces opérations sont menées chaque été depuis 2016 avec la RATP et SNCF Réseau. L’autorité régionale des transports met en avant des travaux « massifs, mais nécessaires » pour moderniser, régénérer et entretenir les infrastructures. Elle indique que 4 milliards d’euros sont investis en 2026 et reconnaît que ces chantiers peuvent provoquer « des gênes et des mécontentements » chez les usagers.

Des trajets qui doublent

Pour les voyageurs, les conséquences sont immédiates : davantage de correspondances, des temps de parcours allongés et des conditions de transport éprouvantes, alors que le pays connaît depuis plusieurs mois de fortes températures et qu’une large partie du réseau n’est pas climatisée.

Arnaud, qui vit à Garges-lès-Gonesse et travaille à Levallois-Perret dans l’informatique, en fait l’expérience quotidienne. Avec la fermeture du tronçon qu’il emprunte sur le RER D et celle de la ligne 13, il doit désormais passer par le RER E puis un train Transilien. Son trajet moyen est passé de cinquante-cinq minutes à près de deux heures. Un matin, raconte-t-il, le terminus a été reporté à Stade-de-France « sans communication claire sur la raison ».

Ces perturbations touchent plus durement certains usagers que d’autres. L’Observatoire des inégalités rappelle que les ménages les plus modestes partent moins souvent en vacances : 49 % des plus modestes, contre 81 % des plus aisés. En période estivale, ceux qui continuent à travailler sont donc aussi, plus souvent, ceux qui dépendent encore des transports en commun.

Une question de coût et d’accès à la ville

Au-delà du trajet domicile-travail, plusieurs voyageurs décrivent une restriction plus large de leurs déplacements. Clément, usager de la ligne B, parle d’une vie quotidienne organisée autour des horaires de retour en banlieue. Après 21 heures, dit-il, la plupart des transports pour rentrer se raréfient, et le week-end ils deviennent très limités. Arnaud évoque, lui, le recours aux VTC lorsque les solutions manquent après 23 heures : entre 20 et 50 euros selon le point de départ.

Début août, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a demandé sur X la tenue rapide d’« une réunion de crise », en dénonçant « des retards, interruptions de trafic, insuffisance des transports de substitution » qui « pénalisent quotidiennement des centaines de milliers de voyageurs ». Il a aussi réclamé « un geste commercial fort sur le Passe Navigo », jusqu’à sa gratuité pendant les travaux les plus pénalisants. Le forfait mensuel toutes zones coûte 90,80 euros.

Le même jour, Île-de-France Mobilités a annoncé que Valérie Pécresse avait saisi les présidents de la SNCF et de la RATP pour demander un renforcement des transports de substitution ainsi que des dispositifs d’information et d’accompagnement sur les RER D et B et sur la ligne 13.

Des inégalités de mobilité mises en avant

L’idée d’une inégalité spatiale revient dans plusieurs témoignages. Île-de-France Mobilités la conteste et affirme que les travaux bénéficieront d’abord aux quartiers populaires, en citant notamment l’arrivée de nouveaux matériels roulants, l’automatisation de la ligne 13 d’ici 2035 et de futurs prolongements de lignes.

Des chercheurs et élus locaux décrivent toutefois un déséquilibre plus structurel. La première adjointe de Saint-Denis, Cécile Gintrac, évoque un « droit à la ville » inégal selon les territoires et estime que certains habitants des périphéries peuvent se retrouver « assignés à résidence », notamment le soir. Le sociologue Nicolas Oppenchaim explique de son côté que les opérateurs raisonnent d’abord en fonction des flux, en réduisant l’offre aux heures de moindre fréquentation, sans toujours intégrer les horaires atypiques de nombreux salariés des quartiers populaires. « Il ne s’agit pas nécessairement de discrimination volontaire, mais d’une hiérarchisation des besoins », dit-il.

À Saint-Denis, le professeur Salah Eddine a publié sur Instagram une vidéo retraçant sa tentative de rejoindre Paris en transports en commun. Il y voit une « violence institutionnelle » dans la manière dont la situation est gérée. Son constat rejoint celui d’autres usagers : si les travaux sont présentés comme nécessaires à long terme, leur coût quotidien se mesure dès maintenant en temps perdu, en dépenses supplémentaires et en déplacements renoncés.