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Pendant que la France brûle, la ministre de l'Écologie a rejoint sa villa de Sainte-Maxime

Après avoir dénoncé un « recul environnemental de trop » puis choisi de rester au gouvernement au nom de l’« urgence d’agir face au réchauffement climatique », Monique Barbut a quitté Paris pour sa maison du Var. Ce départ, en pleine séquence d’incendies, alimente les critiques sur l’écart entre sa parole et sa présence sur le terrain.

Monique Barbut avait choisi des mots forts pour justifier son maintien au gouvernement. Après l’adoption, le 21 juillet, de la loi d’urgence agricole réintroduisant l’acétamipride et le flupyradifurone, deux pesticides qu’elle jugeait dangereux, la ministre de la Transition écologique avait dénoncé « le recul environnemental de trop ». Elle n’a pourtant pas quitté son poste, expliquant qu’elle restait pour faire face à l’« urgence d’agir face au réchauffement climatique ». Quelques heures plus tard, elle partait pour sa maison de Sainte-Maxime, dans le Var, rapporte Le Canard enchaîné.

Le décalage entre le discours et les actes nourrit aujourd’hui la critique. Le mercredi 22 juillet, rattrapée in extremis par Emmanuel Macron, Monique Barbut assiste bien au Conseil des ministres, déjeune avec son cabinet, puis quitte discrètement Paris à 16 heures depuis la gare de Lyon. Elle ne reviendra que le lundi suivant, à temps pour le Conseil des ministres suivant. Entre-temps, alors que les incendies ravagent le pays, elle participe aux réunions de crise en visioconférence.

Ce choix ne relèverait pas seulement d’une organisation personnelle discutable. Il touche directement à la crédibilité d’une ministre qui avait précisément invoqué l’urgence climatique pour rester. Rester en fonction pour affronter une crise et s’absenter aussitôt du terrain crée une contradiction politique évidente, d’autant plus lourde que le portefeuille concerné est celui de la Transition écologique.

Une présence réduite à l’écran

L’absence de Monique Barbut des lieux touchés par les incendies est d’autant plus remarquée qu’elle intervient dans une séquence où l’exécutif cherche à afficher maîtrise et mobilisation. Au ministère, l’agacement affleure.

On l’appelait déjà « Madame Transat », se désole un employé du ministère. Mais, dire qu’on reste pour gérer les urgences et filer dans la foulée, ça passe moyen.

Un employé du ministère

La formule est sévère, mais elle résume un problème d’image que Matignon avait justement cherché à prévenir. Avant cet épisode, Monique Barbut envisageait de passer trois semaines d’été au Maroc, son pays natal. Le projet n’a pas été maintenu. Le chef de cabinet du Premier ministre, Philippe Gustin, avait adressé en juin à l’ensemble du gouvernement des consignes de méthode pour la période estivale : pas de séjour à l’étranger sauf exception rarissime, obligation de rester joignable et de faire preuve de sobriété, y compris « en termes d’image ».

Sur ce point, le repli à Sainte-Maxime respecte la lettre de la consigne, mais en contourne l’esprit. Le golfe de Saint-Tropez offre sans doute une solution moins exposée qu’un séjour à l’étranger. Il n’efface pas pour autant la question centrale : peut-on se prévaloir d’une urgence nationale et apparaître, dans le même mouvement, installée à distance ?

Le précédent Hulot dans toutes les têtes

Cette prudence de l’exécutif s’explique aussi par un souvenir politique encore vif. Lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, Nicolas Hulot, prédécesseur de Monique Barbut à l’Écologie, avait obtenu de pouvoir partir en Thaïlande l’été pour « faire du surf ». Cela ne l’avait pas empêché de démissionner le 4 septembre 2018, estimant que l’écologie n’était pas la priorité du gouvernement.

À neuf mois de la présidentielle, Emmanuel Macron ne veut manifestement pas revivre un tel scénario. Un membre de son entourage le dit sans détour : le chef de l’État ne veut pas « avoir un deuxième Hulot à gérer ». La situation de Monique Barbut s’inscrit donc dans un rapport de force politique plus large, où sa non-démission semble moins avoir clos la crise que l’avoir suspendue.

Un proche du pouvoir va plus loin encore :

Le Président déteste qu’on lui dicte son agenda. Je pense qu’il veut la virer mais qu’il veut décider quand il la virera.

Un proche du pouvoir

Si cette appréciation reste celle d’un entourage, elle éclaire le flottement actuel. La ministre est restée, mais son autorité paraît entamée ; elle a voulu éviter la rupture, sans rétablir pour autant la cohérence de sa position.

Dans ce contexte, l’absence de Monique Barbut ne ressemble pas à une simple parenthèse estivale. Elle agit comme un révélateur. Une ministre qui dénonçait un tournant anti-écologique, puis invoquait l’urgence climatique pour rester, se retrouve à gérer les incendies depuis un transat. Ce n’est pas seulement une question d’image : c’est la portée même de sa parole politique qui s’en trouve affaiblie.