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Canadair : les promesses de Macron rattrapées par cinq ans de retard

En 2022, Emmanuel Macron promettait de porter la flotte française de Canadair à 16 appareils d’ici à 2027. Trois ans plus tard, seuls deux avions financés par l’Union européenne sont attendus en 2028, tandis que les deux autres, relancés en urgence, ne seraient pas livrés avant 2033. Au plus fort des incendies en Gironde, cette impréparation a ravivé la polémique sur l’état des moyens aériens de la sécurité civile et sur l’écart entre les annonces présidentielles et leur mise en œuvre.

Emmanuel Macron a beau multiplier les déplacements en tenue de crise, la séquence des incendies remet surtout en lumière un décalage devenu difficile à masquer : les annonces ont été rapides, les commandes beaucoup moins. Les informations publiées par Le Canard enchaîné révèlent que le renouvellement complet de la flotte française de Canadair, promis en 2022, a été largement repoussé, alors même que les mégafeux mettent en évidence la fragilité des moyens aériens de la sécurité civile.

Le 27 juillet, pour la seconde fois en douze jours, le chef de l’État s’est rendu auprès des pompiers, cette fois en Gironde, où le feu a déjà ravagé 42 000 hectares et poussé 220 000 personnes à quitter leur domicile. Quelques jours plus tôt, il s’était déjà affiché à Fontainebleau, où 10 % de la forêt a brûlé. Sur le terrain, 1 500 militaires et 2 500 pompiers sont mobilisés. Mais la polémique s’est cristallisée sur les bombardiers d’eau, dont l’efficacité reste décisive dans ce type de sinistre.

Une promesse présidentielle restée en suspens

Le 28 octobre 2022, Emmanuel Macron annonçait pourtant un cap clair : remplacer les 12 Canadair vieillissants de la flotte française et porter leur nombre à 16 avant la fin de son mandat, en 2027.

Nous faisons le choix, que je confirme ici solennellement, de porter notre flotte à 16.

Emmanuel Macron

Le problème n’est pas seulement l’écart entre l’objectif affiché et le calendrier réel. Il tient aussi au contenu même des décisions prises ensuite. En 2024, la France s’insère dans une commande groupée de la Commission européenne portant sur 12 appareils répartis entre six pays du sud de l’Union. Elle récupère ainsi deux Canadair financés par Bruxelles, avec des livraisons prévues en mars et novembre 2028. Mais elle ne valide pas, à ce moment-là, l’achat d’appareils supplémentaires sur fonds nationaux, alors que cette possibilité existait.

Cette même année, Gabriel Attal, alors Premier ministre, ne confirme pas l’option sur deux avions de plus. Un décret du 21 février 2024 retire en outre 52,76 millions d’euros au programme 161, consacré aux moyens aériens de la sécurité civile. Le patron de Renaissance assure aujourd’hui n’avoir jamais décommandé ces deux bombardiers d’eau. Formellement, c’est exact : ils n’avaient pas été commandés.

Une relance tardive, des livraisons repoussées à 2033

Ce n’est que le 4 juin dernier que Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, programme en urgence l’acquisition des deux appareils manquants auprès de l’avionneur canadien Havilland. Conséquence directe de ce retard : ces deux Canadair ne seraient livrés, au mieux, qu’en 2033.

Le calendrier dit tout de l’ampleur du décalage. La flotte à 16 appareils, présentée en 2022 comme un objectif atteignable pour 2027, ne serait donc complète que six ans plus tard. Et encore, à condition qu’aucun nouveau report ne survienne. Entre-temps, les voisins européens ont pris de l’avance. La Grèce et l’Espagne ont commandé sept appareils chacune. En 2033, l’Espagne disposerait de 21 Canadair, contre 20 pour l’Italie et 16 pour la France.

Une flotte usée, souvent immobilisée

Cette lenteur pèse d’autant plus que les appareils actuels sont anciens. Les 12 Canadair français datent des années 1990. Un rapport de l’Assemblée nationale publié en octobre 2022 relevait déjà que ces modèles n’étant plus commercialisés, les pièces détachées se raréfient, ce qui allonge les réparations. Sur une seule année, ces avions avaient cumulé 1 694 jours de maintenance.

La conséquence est immédiate : la sécurité civile doit louer d’autres avions et hélicoptères pour environ 30 millions d’euros par an. Et au plus fort de l’incendie en Gironde, seuls cinq Canadair étaient disponibles dans l’Hexagone. Or ces appareils sont les plus efficaces lorsqu’ils interviennent en noria, par groupes de quatre. Leur capacité à écoper 6 000 litres d’eau en douze secondes sur n’importe quel point d’eau en fait un outil difficilement remplaçable.

C’est dans ce contexte qu’a été mis en avant l’A400M, avion de transport militaire adapté à la lutte anti-incendie. L’affichage est spectaculaire, mais l’efficacité opérationnelle paraît plus limitée. Entre le 25 et le 28 juillet, Le Canard enchaîné n’a recensé qu’une petite dizaine de largages. L’appareil peut déverser 20 000 litres en une fois, mais il doit effectuer deux heures d’aller-retour depuis Istres, sans compter le temps de rechargement.

Au final, la controverse dépasse la seule question technique. Elle met en cause une méthode : annoncer vite, arbitrer tard, puis tenter de compenser par la communication ce que la planification n’a pas permis d’anticiper. Sur un sujet aussi prévisible que le vieillissement de la flotte de Canadair, l’écart entre la parole présidentielle et la réalité des livraisons est devenu un fait politique autant qu’un problème de sécurité civile.