À Ménil-la-Horgne, l’assemblée des habitants décide, le maire applique
Dans ce village meusien de 200 habitants, les choix communaux sont tranchés en assemblée citoyenne depuis plus de six ans. Équipements, embauche municipale, participation des jeunes : les habitants débattent et votent, tandis que le maire revendique un rôle d’exécutant.
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À Ménil-la-Horgne, dans la Meuse, la vie municipale ne se joue pas seulement autour du maire et du conseil élu. Depuis plus de six ans, les décisions sont prises en assemblée citoyenne, selon un fonctionnement que la commune revendique comme une forme de démocratie directe. Le principe est simple : les habitants débattent, votent, et le maire met en œuvre ce qui a été décidé.
Un mois après les élections municipales, le dispositif est toujours en place. Claude Kaiser a été réélu en mars, de même que l’assemblée citoyenne qui structure la vie locale. Dans cette commune de 200 habitants, entourée de champs et marquée par la présence d’éoliennes, le maire assume un rôle particulier. Passionné par la Grèce antique, il défend une organisation où, dit-il, il n’a pas été élu pour décider seul, mais pour « exécuter la volonté de [ses] concitoyens ».
Le fonctionnement s’est installé dans la durée. Lors du précédent mandat, 80 projets ont abouti grâce à ce système. Parmi eux, l’installation d’un city-stade, réclamée par les jeunes du village. Claude Kaiser y était opposé au départ, mais plus de 80 % de l’assemblée a voté en faveur du projet. Un an plus tard, à l’occasion du 14 juillet, il a reconnu auprès d’un jeune habitant qu’ils « avaient raison », allant jusqu’à se qualifier de « vieux chnoque ».
Une assemblée qui tranche les sujets concrets
La première réunion depuis les municipales s’est tenue dans la salle des fêtes, en présence d’une trentaine de personnes. Une affluence modeste, liée aux vacances, mais suffisante pour reprendre les débats sur des questions très concrètes. À Ménil-la-Horgne, les habitants choisissent tout, y compris l’autorisation donnée à un média de venir réaliser un reportage. Les votes se font à main levée, avec la recherche d’une large majorité.
Premier dossier de la soirée : l’âge du droit de vote au sein de l’assemblée. Fallait-il l’ouvrir dès 15 ans, ou attendre 16 ans ? Le débat a été serré. « C’est chaud. Comme c’est tangent, on va se contenter du 16 pour l’instant », a tranché Claude Kaiser.
Deuxième sujet : l’éventuelle embauche d’un second agent municipal. La question a été posée en précisant le coût estimé, soit environ 10 000 euros par an, charges comprises, pour 10 heures hebdomadaires. Après une demi-heure d’échanges, l’assemblée a donné son accord. En revanche, le projet de création d’une épicerie solidaire a été repoussé.
D’autres dossiers sont déjà sur la table, comme l’installation de panneaux solaires ou d’une éolienne. Là encore, la méthode reste la même : discussion collective, puis décision par le vote.
Une participation qui attire aussi les plus jeunes
Ce mode de gouvernance a trouvé un écho particulier chez les jeunes habitants. Capucine, 12 ans, participe régulièrement aux assemblées. Lors de cette réunion, elle a proposé la création d’une gazette communale. Son idée a été adoptée à l’unanimité.
Pour elle, cette participation change la place des plus jeunes dans le débat local.
Cela change des autres villages. Les jeunes aussi peuvent donner leur avis et leur point de vue.
Capucine
Au micro de franceinfo, elle résume aussi ce qu’elle apprécie dans ces réunions : « Le fait que l’on soit tous ensemble à parler des sujets, à débattre, je trouve que c’est bien. »
L’ancien maire, M. Bouchot, dit lui aussi avoir revu son jugement. Il « ne croyait vraiment pas » à la démocratie directe au départ. Aujourd’hui, il y voit des effets concrets : « On a des réalisations qui se font plus rapidement. Dans le village, cela a amené une autre ambiance, même s’il y a une quinzaine de personnes qui sont contre et qu’on ne voit plus. »
Claude Kaiser présente ce modèle comme une manière de faire de la politique « ni de droite, ni de gauche ». À Ménil-la-Horgne, l’expérience repose en tout cas sur une idée constante : faire de la décision communale l’affaire des habitants eux-mêmes.