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À Vauvert, le RN fait revenir la corrida et provoque l'indignation

Neuf ans après la dernière corrida organisée à Vauvert, le nouveau maire RN a décidé de la rétablir le 9 août. Présenté comme un atout touristique, ce retour se heurte à une opposition ancienne, à une pétition de plus de 22 000 signatures et à la réserve d’une partie des habitants.

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À Vauvert, la corrida revient par décision municipale, mais pas par élan collectif évident. Neuf ans après la dernière, la commune du Gard remet à l’affiche une corrida mixte le 9 août, à l’initiative de son nouveau maire RN, Nicolas Meizonnet. L’élu assure que l’événement attirera du public et contribuera au rayonnement local : c’est ce que rapporte RMC. Reste que ce retour, présenté comme un atout pour la commune, repose sur une pratique que le code pénal qualifie lui-même d’actes de cruauté sur les animaux, sauf dans certains territoires où la tradition sert d’exception.

Le choix du maire s’inscrit dans un paysage local marqué par la culture taurine. À Vauvert, les références au taureau sont visibles dans les rues, et les courses camarguaises font partie du décor. Mais c’est précisément là que la décision interroge : la ville n’a pas attendu 2026 pour vivre au rythme des traditions taurines, et pourtant la corrida, elle, avait disparu depuis neuf ans. Son retour ne répond donc pas à une continuité évidente des pratiques locales, mais à une volonté politique assumée.

Nicolas Meizonnet s’en félicite déjà. Avant même l’événement, il met en avant des premiers rangs réservés dans les arènes de 3 000 places. Il balaie aussi les critiques en parlant d’une « minorité bruyante » et affirme qu’il y aura « plus de monde dans les arènes qu’à l’extérieur pour manifester ». L’argument est classique : l’affluence attendue tiendrait lieu de justification. Mais attirer des visiteurs ne tranche ni la question du bien-fondé de la pratique, ni celle de son acceptabilité locale.

Une exception pénale au cœur de la contestation

Les opposants, eux, ne contestent pas seulement un spectacle. Ils visent le régime juridique qui le rend possible. Cyril Vaucelle, président du Comité Radicalement anti-corrida, rappelle que la corrida est reconnue par le code pénal comme un acte de cruauté envers les animaux, mais qu’elle échappe à la sanction dans certains territoires au nom de la tradition.

la seule dérogation qu'on connaît dans le code pénal qui autorise un délit dans certaines zones sous prétexte de tradition.

Cyril Vaucelle, président du Comité Radicalement anti-corrida

La formule est militante, mais elle pointe une contradiction réelle : ce qui est pénalement répréhensible dans une grande partie du pays reste autorisé ailleurs. À Vauvert, les associations anti-corrida n’ont d’ailleurs pas engagé de recours pour empêcher la tenue de l’événement. Non par adhésion, mais parce qu’elles estiment n’avoir « aucun levier possible », la tradition n’ayant jamais été juridiquement interrompue dans la commune, où la précédente municipalité organisait déjà des novilladas.

Une ville taurine, sans passion unanime pour la mise à mort

Le soutien local apparaît, lui aussi, plus nuancé que le discours municipal. Plusieurs habitants disent ne pas être choqués par l’annonce, ou y voir une possible attraction pour la ville. Mais cette relative tolérance ne se traduit pas automatiquement par une envie d’assister au spectacle.

L’un explique en avoir vu deux dans sa vie sans avoir envie d’y retourner. Un autre tranche plus nettement : « Tant qu’il y aura des mises à mort, je n’irais pas. » Il oppose la corrida aux courses camarguaises, plus ancrées selon lui dans l’identité locale, où « la bête » repart vivante. Un troisième habitant résume ce décalage : « Payer pour voir un taureau être mis à mort, ça ne m’intéresse pas mais je comprends que certains le fassent. »

Autrement dit, même dans une commune familière de l’univers taurin, la mise à mort ne fait pas consensus. Elle semble parfois tolérée, souvent relativisée, mais loin d’être portée avec enthousiasme.

Cette distance se retrouve aussi dans les formes de contestation. Les habitants interrogés ne comptent pas manifester. En revanche, la mobilisation s’exprime en ligne : une pétition contre la tenue de la corrida avait déjà recueilli plus de 22 000 signatures mercredi 5 août. Un chiffre à mettre en regard des 11 671 habitants de la commune. Il ne dit pas à lui seul ce que pense Vauvert, mais il montre que le retour de la corrida dépasse largement le cadre d’une simple animation estivale.

Le maire présente la corrida comme un levier d’attractivité. Ses opposants y voient la réactivation d’une violence légalisée par exception. Entre les deux, une partie des habitants semble surtout rappeler qu’à Vauvert, la tradition taurine n’implique pas nécessairement l’adhésion à la corrida.