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« Si on ne fait rien, on envoie nos enfants droit dans le mur » : le cri d’alarme bouleversant d’un militant

Invité mardi du « Débat de midi » sur France Inter, l’arboriste et militant écologiste Thomas Brail a laissé éclater sa fatigue face au commissaire général Frédéric Lauze. Un moment qui éclaire sept années d’actions, de recours et de sacrifices personnels.

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La discussion portait sur la désobéissance civile. Elle a basculé, en direct, vers un récit plus intime. Mardi 4 août sur France Inter, Thomas Brail, invité du « Débat de midi », n’a pas pu retenir son émotion en s’adressant à Frédéric Lauze, commissaire général et secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police nationale.

« Monsieur le commissaire, il faut que vous entendiez ça. Peut-être qu’un jour vous me mettrez en prison, ce n’est pas très grave, en fait. Ce qui m’importe, c’est que mon fils puisse continuer à évoluer sur cette planète », a déclaré le défenseur des arbres, la voix brisée.

Thomas Brail

Au fil de l’échange consacré à la question « Faut-il désobéir pour sauver le monde ? », le militant a formulé un appel à dépasser l’affrontement entre camps opposés. « Si on ne fait rien, on envoie nos enfants droit dans le mur », a-t-il poursuivi, avant d’ajouter : « Je pense qu’il faut qu’on arrête de se taper les uns sur les autres, ce n’est plus possible. »

Ce moment d’émotion s’inscrit dans un engagement ancien, marqué par des occupations d’arbres, des recours et plusieurs actions menées au prix de sa propre santé.

Des premiers platanes de Mazamet au GNSA

Ancien jardinier municipal devenu arboriste-grimpeur, Thomas Brail s’est fait connaître en mai 2019 à Mazamet, dans le Tarn. Il apprend alors que neuf platanes anciens doivent être abattus dans le cadre d’un projet d’aménagement. Pour tenter d’empêcher leur disparition, il grimpe dans l’un d’eux et y reste trois jours.

Selon le récit de son parcours, cette première action permet de sauver sept des neuf arbres menacés. Elle marque aussi le début d’une mobilisation plus large. La même année, il fonde le Groupe national de surveillance des arbres, le GNSA, destiné à soutenir les citoyens et collectifs locaux confrontés à des abattages qu’ils jugent injustifiés.

Thomas Brail fait ensuite de l’occupation des arbres son mode d’action le plus visible. À Condom, dans le Gers, puis à Paris, devant le ministère de la Transition écologique, il se perche pour tenter d’empêcher des coupes ou pour dénoncer l’application qu’il juge insuffisante de la législation. En 2019, il reste près d’un mois dans un platane face au ministère.

Cette médiatisation attire l’attention de scientifiques, des médias et d’une partie de l’opinion publique. Des groupes locaux du GNSA se créent dans plusieurs régions. Mais, dans le même temps, les abattages qu’il dénonce se poursuivent, nourrissant un sentiment de répétition et d’impuissance qu’il a exprimé mardi à l’antenne.

L’A69, un tournant dans son parcours

La contestation de l’autoroute A69, entre Castres et Toulouse, constitue un autre moment central de son engagement. Pour les opposants au projet, cette infrastructure incarne la poursuite de l’artificialisation des terres agricoles et des espaces naturels malgré l’urgence climatique.

Le 31 août 2023, Thomas Brail entame une grève de la faim pour obtenir la suspension du chantier. Quelques semaines plus tard, il s’installe de nouveau dans un arbre devant le ministère de la Transition écologique. Après 38 jours sans s’alimenter, et faute de suspension des travaux, il commence une grève de la soif avec deux autres militants.

Le 10 octobre 2023, victime d’un malaise, il est hospitalisé. Cette séquence a durablement marqué son image publique, en montrant jusqu’où il était prêt à aller pour défendre sa cause. En juin 2026, le Conseil d’État a définitivement validé les autorisations environnementales de l’A69, autorisant la poursuite du chantier. Pour les opposants, il s’agit d’un revers juridique majeur après plusieurs années de mobilisation.

« Je suis fatigué »

Sur France Inter, Thomas Brail a relié cette accumulation de combats à un épuisement plus personnel. « Ça fait beaucoup de plateaux, ça fait beaucoup de télé que je fais », a-t-il confié. « J’en ai marre de voir qu’on est tous dans le même bateau, que ce bateau a des fuites. »

Son propos s’est ensuite élargi à une forme d’appel commun, au-delà des appartenances professionnelles, religieuses ou nationales. « Qu’on soit de différentes nations, de différentes religions, je pense qu’il faut qu’on s’en foutre de tout ça aujourd’hui », a-t-il insisté.

Puis il a résumé en quelques mots le sentiment accumulé au fil des années : « Je suis fatigué parce que ça fait sept ans que je répète les mêmes choses. Ça fait sept ans que je vois qu’on n’y arrive pas, et que l’espèce humaine est perdue, tout simplement parce qu’elle n’est pas foutue de s’écouter. »

En conclusion de son intervention, l’arboriste a laissé place à une émotion plus nue encore : « Ça me rend triste, en fait. Je suis désolé. » Au-delà du débat sur les formes de l’action militante, cette prise de parole a mis en lumière le coût humain d’un engagement mené sur la durée, entre exposition médiatique, confrontations avec les autorités et sentiment de ne pas être entendu.