TotalEnergies, puissance française historique et méthodes contestées d’un géant toujours dominé par les fossiles
Bénéfices records, valorisation jugée bridée à Paris, ancrage français revendiqué : TotalEnergies se présente comme un champion national. Mais son histoire et sa stratégie récente dessinent aussi un groupe coutumier des rapports de force, des controverses judiciaires et d’une dépendance persistante aux hydrocarbures.
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Avec 14,6 milliards d’euros de profit en 2024, plus de 100 000 salariés fin 2025 et une présence dans environ 120 pays, TotalEnergies reste l’un des poids lourds mondiaux du pétrole. Sa direction défend aujourd’hui la recherche d’une meilleure valorisation boursière, allant jusqu’à juger « légitime » l’idée d’un transfert de la cotation principale vers les États-Unis avant de promettre qu’il n’était « pas question de quitter la France ». Cette séquence résume une méthode éprouvée : invoquer l’ancrage national tout en mettant en concurrence les places financières, les fiscalités et, en creux, les États eux-mêmes.
La logique financière avancée n’est pas sans fondement apparent. Fin août 2026, le groupe vaut environ 166 milliards d’euros. En mai 2024, une valorisation comparable à celle des majors américaines lui aurait ajouté 107 milliards d’euros. Son ratio cours sur bénéfices, à 6,84, reste inférieur à ceux d’Exxon et de Chevron. Son endettement est présenté comme faible, autour de 10 %, pour une rentabilité de 13,4 %. Mais cette solidité nourrit aussi une question politique : jusqu’où un groupe né d’une volonté stratégique française peut-il instrumentaliser son statut national pour obtenir de meilleures conditions de marché sans assumer pleinement les contraintes qui vont avec ?
Emmanuel Macron a dit ne pas croire à un éloignement de la France. Bruno Le Maire a parlé d’une « décision grave ». L’alerte n’avait rien d’abstrait. Patrick Pouyanné s’est aussi associé à Bernard Arnault contre un projet de taxe sur les superprofits, dénoncé comme une taxation du Made in France au regard des avantages fiscaux américains. Le contraste est frappant : l’entreprise revendique les bénéfices symboliques de son identité française, mais mobilise cet argument surtout lorsqu’il s’agit de contester l’impôt ou de peser dans le rapport de force avec les pouvoirs publics.
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