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Économie Décryptage

Pourquoi la facture de gaz des ménages a fortement augmenté en dix ans

La facture annuelle moyenne de gaz est passée de 747 à 1 511 euros en dix ans, selon Selectra. Cette hausse s’explique par le renchérissement durable du gaz sur les marchés, l’alourdissement de la fiscalité et l’augmentation des coûts de réseau.

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La facture moyenne de gaz d’un foyer a atteint 1 511 euros par an, contre 747 euros dix ans plus tôt, selon les données du comparateur Selectra. Pour un ménage moyen équipé au gaz et consommant cette énergie, la dépense aurait ainsi doublé entre 2016 et 2025.

Cette progression ne tient pas à une seule cause. Elle résulte d’abord de l’augmentation du prix du gaz sur les marchés de gros, mais aussi de la hausse des taxes et de l’alourdissement des coûts d’acheminement et d’infrastructure.

Un prix de gros durablement plus élevé

Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’OFCE, rappelle qu’avant la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine, le prix spot du gaz se situait autour de 18 euros le MWh. Il a ensuite dépassé 300 euros, jusqu’à atteindre 350 euros après le déclenchement de la guerre en Ukraine, avant de redescendre autour de 30 à 33 euros le MWh.

Ce reflux n’a toutefois pas ramené les prix à leur niveau d’avant-crise. Mathieu Plane l’explique par la fin de l’accès au gaz russe bon marché et par un recours accru au gaz naturel liquéfié, plus coûteux. Selon cette analyse, le prix de gros du gaz a quasiment doublé par rapport à 2016, et cette hausse s’est répercutée sur la facture finale.

Dans le détail, le prix de la molécule dans la facture aurait augmenté de 130 %. Environ la moitié de la hausse totale, soit sur un surcoût d’environ 760 euros, s’expliquerait par cette seule progression du prix du gaz.

Le poids croissant de la fiscalité

L’autre moitié de la hausse proviendrait principalement de la fiscalité. Les taxes sur le gaz auraient augmenté de 155 % entre 2016 et 2025. L’accise sur la consommation de gaz, anciennement appelée TICGN, serait passée d’environ 4 euros par MWh à 15 ou 16 euros par MWh.

Sur une facture d’environ 1 500 euros, les taxes représenteraient désormais 440 euros, soit près de 30 % du total, contre 23 % en 2016. Mathieu Plane souligne que ces prélèvements servent aussi à financer plusieurs dispositifs, notamment les boucliers tarifaires mis en place pendant la crise.

Si on fiscalise pas le gaz, il faudra fiscaliser certainement ailleurs.

Mathieu Plane

Des coûts de réseau répartis sur moins d’abonnés

Le coût d’acheminement et des infrastructures gazières a lui aussi augmenté. Sont en cause, notamment, la hausse des taux, le renchérissement du refinancement et l’inflation.

À cela s’ajoute une baisse du nombre de clients, alors que les coûts fixes du réseau demeurent. Dans ce contexte, la diminution du nombre de consommateurs entraîne mécaniquement une hausse du coût par client, les charges fixes étant réparties sur un plus petit nombre d’abonnés. Les ménages qui quittent le gaz se tourneraient principalement vers l’électricité.

Gaz ou électricité : un arbitrage variable selon les situations

Le basculement vers l’électricité ne signifie pas pour autant un avantage économique automatique. Pour Mathieu Plane, la comparaison n’est « pas si évidente que ça ». Il indique que le prix TTC du kilowattheure est actuellement un peu plus élevé pour l’électricité que pour le gaz.

Cette comparaison doit cependant être nuancée selon les usages. L’électricité est plus efficace que le gaz dans certains cas, tandis que les coûts d’entretien du gaz sont plus élevés. Au total, l’écart de facture serait, selon son expression, « kif kif ».

Le choix entre les deux énergies dépend aussi du type de logement, de l’efficacité du chauffage, des coûts d’entretien et de la prise en compte ou non des émissions de CO2. Mathieu Plane souligne enfin que l’électricité française, produite en grande partie grâce au parc nucléaire, constitue un atout « compétitif et décarboné » pour l’économie française.