Croissance nulle, inflation et pétrole : Thomas Porcher alerte sur un risque de stagflation
Face à une croissance à 0 % et au retour de l’inflation, l’économiste Thomas Porcher estime qu’un scénario de stagflation prend forme. Il met en cause le choc pétrolier, les choix monétaires et la fragilité du marché du travail, tout en défendant des mesures sur les salaires et l’énergie.
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La croissance à 0 % enregistrée sur le trimestre ne constitue pas, selon Thomas Porcher, une surprise majeure. L’économiste souligne qu’une progression de 0,1 point au maximum était attendue, tandis que le budget voté devait déjà retrancher 0,2 point de croissance. À cela s’ajoute la hausse des prix du pétrole liée à la crise au Moyen-Orient : ainsi que l’indique Le Média, une augmentation de 60 % sur l’année retirerait, d’après lui, 0,4 point de croissance, laissant l’activité « autour de zéro ».
Cette combinaison entre croissance nulle et inflation repartant à la hausse correspond, selon lui, à une situation de stagflation. Il juge ce scénario préoccupant pour l’emploi, en particulier pour les nouveaux entrants sur le marché du travail, notamment les jeunes diplômés. Dans une économie sans croissance, l’absorption de cette main-d’œuvre devient plus difficile et le chômage peut repartir.
Thomas Porcher renvoie à l’épisode de la crise de la zone euro en 2012-2013, lorsqu’une faible croissance s’était accompagnée d’une forte hausse du chômage. Si les prix augmentent pendant que l’emploi se dégrade, la situation des ménages les plus précaires se détériore davantage, estime-t-il.
Le risque d’un frein monétaire supplémentaire
L’économiste considère que le relèvement des taux par la Banque centrale européenne pour contenir l’inflation pourrait accentuer le ralentissement. Il cite notamment un coup d’arrêt sur l’immobilier, des investissements d’entreprise reportés et, plus largement, un frein à l’activité.
Il rappelle que lors du précédent épisode inflationniste, les salaires n’avaient pas été indexés sur les prix et que la réponse avait surtout reposé sur la hausse des taux. Cette stratégie a eu un effet sur l’inflation, mais au prix d’un affaiblissement de l’économie, juge-t-il. À l’inverse, il défend l’idée de ne pas exclure l’indexation d’une partie ou de la totalité des salaires pour préserver le pouvoir d’achat et soutenir la consommation.
Thomas Porcher cite plusieurs pays, comme la Belgique, le Luxembourg et Malte, où une indexation des salaires existe sans avoir provoqué d’hyperinflation. En France, il relève que le SMIC, déjà indexé, a mieux protégé son pouvoir d’achat que les rémunérations situées au-dessus.
Chômage, pouvoir d’achat et consommation sous tension
Sur le marché du travail, Thomas Porcher estime que la baisse du taux de chômage malgré une croissance nulle traduit « une forme de maquillage du chiffre du chômage ». Il attribue cette évolution à la réforme de l’assurance chômage du second quinquennat d’Emmanuel Macron, qui aurait durci l’accès au statut de chômeur et facilité les radiations. Selon lui, la catégorie A a diminué, mais d’autres catégories, regroupant des personnes en activité réduite ou précaire, ont progressé, tout comme le halo du chômage.
Il ne croit pas non plus à une amélioration durable de l’emploi des jeunes ni à la promesse de plein emploi. Dans une conjoncture dégradée, les jeunes et les seniors sont, selon lui, les premiers exposés.
Thomas Porcher relie aussi la tension sociale à l’inflation alimentaire, dont le cumul dépasse 20 %. Il affirme que les prix « ne sont jamais redescendus » et que l’ajustement a surtout reposé sur les ménages, contraints d’arbitrer leurs dépenses en faveur des enseignes les moins chères, des produits premier prix ou au détriment des vacances.
Blocage des prix et taxation des superprofits
Face à la hausse des carburants, l’économiste défend un blocage des prix, prévu selon lui par le code du commerce dans des circonstances exceptionnelles. Il estime toutefois qu’un tel dispositif devrait être encadré pour éviter les pénuries et préserver les petits distributeurs.
Il distingue trois grands types d’acteurs : Total, les grandes et moyennes surfaces, et les indépendants. Selon lui, Total peut absorber un prix plafonné, ses pertes sur la distribution restant limitées au regard des gains tirés de la production et de l’exploration. Les grandes surfaces peuvent également réduire leur marge, juge-t-il, l’essence servant souvent de produit d’appel. En revanche, il estime nécessaire d’aider les indépendants afin de préserver leur activité.
Thomas Porcher plaide aussi pour une taxation des superprofits des grands groupes pétroliers, alimentaires et de la distribution. Il évoque des marchés organisés en structures oligopolistiques, où un nombre restreint d’acteurs a capté des profits importants pendant la poussée inflationniste. « Vous condamnez la guerre, vous pouvez pas vous permettre que les entreprises françaises fassent de l’argent là-dessus », déclare-t-il.
Une dépendance énergétique au cœur des inquiétudes
L’économiste relie enfin le risque de crise à la dépendance extérieure de la France. Il rappelle que le pays ne produit pas les 1,5 million de barils de pétrole par jour dont il a besoin. Il souligne aussi une dépendance au diesel raffiné à l’étranger, autrefois en Russie, désormais davantage au Moyen-Orient, en raison d’un sous-investissement dans les raffineries françaises. Cette situation contribue, selon lui, à rendre le diesel plus cher que l’essence malgré une fiscalité théoriquement plus favorable.
Si le conflit au Moyen-Orient se prolonge, Thomas Porcher estime qu’une crise économique devient possible, avec des tensions d’approvisionnement, un recours accru aux tankers et une nouvelle hausse des prix énergétiques. Il oppose alors deux trajectoires : un soutien public à la consommation et aux secteurs touchés pour amortir le choc, ou une absence d’intervention laissant les ménages et les entreprises les plus fragiles en supporter le coût. Selon lui, cette question du rôle de l’État pourrait s’imposer comme l’un des enjeux majeurs de 2027.