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Financement des pompiers : la réforme promise s’enlise, les secours attendent toujours

Attendue depuis des mois, la réforme du financement des services départementaux d’incendie et de secours n’a toujours pas été présentée. Alors que l’activité des pompiers augmente et que leurs dépenses progressent, parlementaires et syndicats dénoncent l’absence de décisions concrètes.

La réforme du financement des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis), annoncée de longue date par l’exécutif, reste en suspens. Pourtant, le diagnostic est largement partagé : les moyens des pompiers ne suivent plus l’évolution de leurs missions ni celle de leurs charges, tandis que le projet de loi annoncé après le Beauvau de la Sécurité civile n’a toujours pas vu le jour.

Le sujet revient avec insistance au Parlement. La députée écologiste Sandra Regol a présenté jeudi 16 juillet à l’Assemblée nationale une proposition de loi destinée à reprendre l’essentiel des conclusions du Beauvau de la Sécurité civile, ce cycle de concertation lancé par l’exécutif en 2024 entre l’État, les collectivités et les services de secours. Ce travail, ralenti par la dissolution puis par les changements gouvernementaux, avait débouché sur un rapport remis en septembre 2025. Un projet de loi était alors attendu dès l’automne suivant. Il n’a pas été présenté.

Pour Sandra Regol, les réformes réclamées depuis des années par les syndicats de pompiers ne peuvent plus attendre. Elle affirme que ses propositions sont « simples et consensuelles » et qu’elles reprennent pour l’essentiel les pistes déjà dégagées dans le cadre des discussions menées par l’exécutif.

Des dépenses en hausse, des recettes inchangées

Le cœur du problème tient au décalage entre l’augmentation des charges et l’absence de nouvelles ressources. Les Sdis doivent faire face à des dépenses croissantes, notamment en raison de la hausse des indemnités versées aux pompiers, sans compensation équivalente.

La proposition de loi de Sandra Regol prévoit notamment de doubler la part de taxe sur les conventions d’assurances (TSCA) qui revient aux Sdis par l’intermédiaire des départements. Elle vise aussi à corriger un mode de répartition jugé obsolète : aujourd’hui, le produit de cette taxe est distribué entre les départements selon le nombre d’immatriculations de véhicules recensées en 2003, base retenue lors de la loi de modernisation de la Sécurité civile de 2004.

Dans le même temps, l’activité des pompiers continue d’augmenter. Elle a progressé de 30 % depuis 2002. Le secours d’urgence aux personnes représente désormais 87 % de leurs missions, contre 59 % auparavant, loin devant les incendies, qui n’en constituent que 5 %.

Nous sommes les couteaux suisses de la République. À palier les manques partout, on est à la limite de nos capacités.

Michaël Pacanowski, président du Spasdis-CFTC

Il rappelle aussi que les quelque 250 000 pompiers sont, à près de 80 %, des volontaires.

Une réforme promise, sans calendrier clair

Au ministère de l’intérieur, le constat n’est pas contesté. En avril, lors d’un débat organisé au Sénat, Laurent Nuñez avait lui-même décrit le système de financement des Sdis comme « à bout de souffle ». Le 28 avril, devant le groupe Les Républicains au Sénat, il avait promis un texte pour « l’automne 2026 », assurant :

Ce n’est pas un vœu pieux. On le présentera.

Laurent Nuñez

Mais, un mois plus tard, lors des questions au gouvernement du 27 mai, le ministre n’avançait plus de date. Il indiquait seulement travailler à des « pistes pour faire face » à des « dépenses qui explosent, […] plus de 6 milliards ».

Interrogé sur l’état d’avancement du texte, le ministère de l’intérieur affirme avoir « transmis le projet de loi à Matignon et continue[r] à travailler le financement dans le cadre du projet de loi de finance ». Les services du premier ministre n’ont pas répondu sur ce point.

Cette absence de calendrier nourrit le scepticisme des syndicats.

Ce projet de loi est de toute manière hypothétique. Pour le moment, il n’est pas inscrit au calendrier parlementaire puisqu’il n’y a plus de place !

Alain Laratta, secrétaire général d’Avenir Secours

Plusieurs députés redoutent également un report du sujet après 2027.

La pression monte aussi sur les moyens aériens

Les organisations de pompiers ont multiplié les alertes. Le 21 avril, neuf syndicats réunis en intersyndicale avaient demandé en urgence un rendez-vous avec le premier ministre, avertissant que l’allongement des délais d’intervention, la fatigue des équipes et le manque de moyens pouvaient avoir des conséquences directes pour les victimes. Elles n’ont été reçues par les conseillers de Matignon qu’un mois plus tard.

La question des moyens aériens est venue renforcer la pression sur l’exécutif. La France insoumise a récemment dénoncé l’annulation, en 2024, de la commande de deux Canadair décidée par le gouvernement de Gabriel Attal, dans le cadre de 10 milliards d’euros d’économies. Après le mégafeu des Corbières, dans l’Aude, à l’été 2025, cette commande a finalement été relancée dans le projet de loi de finances 2026 pour 209 millions d’euros. Les deux avions bombardiers d’eau ne devraient toutefois être livrés qu’entre fin 2032 et courant 2033, au lieu de 2027 initialement.

Alors que les incendies du début d’été ont ravivé le débat sur les capacités de la sécurité civile, les représentants des pompiers disent attendre moins des annonces que des décisions effectives. L’un d’eux, Alain Laratta, résume cette attente en une formule :

Tant que ça brûle pas, tout le monde s’en fout.

Alain Laratta