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Erreurs médicales : le neurochirurgien Marc Tadié met en cause l’organisation des soins

Dans un livre consacré aux accidents médicaux, le neurochirurgien et expert judiciaire Marc Tadié décrit un système de santé fragilisé moins par des fautes individuelles isolées que par des dysfonctionnements d’organisation. Il avance une estimation de 150 000 à 300 000 accidents par an, pour 30 000 à 50 000 décès, et plaide pour une analyse systématique des incidents.

Marc Tadié, auteur de l’ouvrage « Le scandale des accidents médicaux »

Les erreurs médicales ne relèvent pas seulement du geste raté ou de la faute individuelle. C’est la thèse défendue par le neurochirurgien Marc Tadié, qui examine les accidents liés aux soins à partir de son expérience de praticien et d’expert auprès des tribunaux. Son constat est sévère : les chiffres restent mal connus, les causes sont souvent systémiques, et certaines spécialités ont pris de l’avance quand d’autres continuent de fonctionner sans véritable retour d’expérience collectif.

Marc Tadié affirme d’emblée ne pas vouloir « affoler les patients ou culpabiliser les soignants ». Mais il souligne l’ampleur du phénomène. Faute de « chiffrage officiel exact » des « événements indésirables associés aux soins » (EIAS), il avance une fourchette de 150 000 à 300 000 accidents par an, aboutissant à 30 000 à 50 000 décès. Selon lui, « une omerta étouffe la connaissance » de ces accidents.

Lorsqu’on observe une erreur humaine, il ne faut pas la considérer comme la cause première, mais plutôt comme un indicateur d’un problème systémique plus profond.

Marc Tadié

Autrement dit, derrière l’accident, il y a souvent un service saturé, une garde confiée à un médecin trop jeune, un praticien épuisé en fin de journée ou encore un défaut d’écoute vis-à-vis du patient et de ses proches.

Des signaux d’alerte minimisés

L’auteur décrit des situations dans lesquelles l’entourage d’un malade s’inquiète, insiste, mais se heurte à des réponses qui ferment la discussion.

Madame, monsieur, je connais bien les familles, elles s’affolent facilement, faites-nous confiance.

Marc Tadié

Je connais mon métier, ce n’est pas vous qui allez me l’apprendre !

Marc Tadié

Dans ces cas, les proches ou les patients renoncent parfois à insister. Ils obtiennent un traitement antidouleur, alors qu’un scanner serait nécessaire, notamment en cas de maux de tête persistants après un choc.

Derrière cette réponse médicale, Marc Tadié suggère une autre réalité : l’examen indispensable n’est pas toujours immédiatement disponible, parce que l’appareil est en panne ou que le service est déjà saturé. L’erreur ne résulte donc pas uniquement d’une mauvaise appréciation clinique, mais aussi de contraintes matérielles et organisationnelles.

La chirurgie du rachis en première ligne

Parmi les secteurs les plus exposés, Marc Tadié place les opérations de la colonne vertébrale, qu’il dit responsables de la moitié des accidents chirurgicaux. Il cite en particulier les interventions pour hernie discale, lorsque sont posées plaques et vis, qu’il présente comme des actes à haut risque.

Il s’interroge aussi sur la justification de certaines interventions. Le marché des prothèses discales, écrit-il, connaît « un gros succès auprès des chirurgiens ». Cette diffusion des techniques et du matériel a, selon lui, des conséquences directes lorsqu’un accident survient, d’autant plus lourdes lorsqu’ils se répètent.

Ces erreurs ont également un coût financier. Les hôpitaux sont assurés, mais la multiplication des accidents alourdit les primes. Et, au terme de la chaîne, c’est l’Assurance maladie qui supporte la dépense.

Des modèles déjà identifiés

Marc Tadié ne limite pas son propos au constat. Pour améliorer la sécurité des soins, il cite deux exemples issus du monde médical : la réanimation et surtout l’anesthésie. Cette dernière, écrit-il, « a eu le bon sens de publier, d’analyser et de tirer les conséquences de ses accidents ». Elle serait ainsi devenue « la plus sûre du monde », avec « un taux d’accidents inférieur à 0,5 % ».

Le parallèle qu’il propose dépasse le seul champ hospitalier. Il évoque aussi l’aviation civile, où « l’analyse systématique des incidents » est devenue, selon lui, « un levier majeur de progrès ». L’idée est claire : mieux documenter les accidents, les étudier sans les réduire à des fautes individuelles, puis en tirer des changements concrets d’organisation.

À travers cette comparaison, le neurochirurgien pose une question de pilotage du système de santé. Son livre ne s’attarde pas seulement sur les défaillances visibles ; il met en avant un problème plus large de méthode, de transparence et de gestion des risques.