Pourquoi la facture de gaz des ménages a fortement augmenté en dix ans
La facture annuelle moyenne de gaz est passée de 747 à 1 511 euros en dix ans, selon Selectra. Cette hausse s’explique par le renchérissement durable du gaz sur les marchés, l’alourdissement de la fiscalité et l’augmentation des coûts de réseau.
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Pour un foyer de référence chauffé au gaz, la facture annuelle calculée par le comparateur Selectra est passée d’environ 747 euros en 2016 à 1 511 euros en septembre 2025. La dépense a ainsi augmenté de 102 % en neuf ans pour une consommation conventionnelle de 11 200 kWh par an.
Ces montants ne constituent pas la facture moyenne réellement payée par tous les foyers français. Il s’agit d’une simulation à consommation constante, fondée sur les anciens tarifs réglementés puis sur le prix repère publié par la Commission de régulation de l’énergie. La facture réelle dépend du contrat, de la zone tarifaire, de la consommation, de l’isolation du logement et du rendement de la chaudière.
Le chiffre de 1 511 euros correspond par ailleurs à la situation de septembre 2025. Depuis, le prix repère a continué d’évoluer chaque mois. En septembre 2026, il atteint en moyenne 172,05 euros TTC par MWh, tous profils résidentiels confondus. Une valeur présentée comme actuelle doit donc toujours être accompagnée de sa date de référence.
Une hausse d’abord provoquée par les marchés
Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’OFCE, rappelle qu’avant la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, le prix du gaz sur les marchés de gros européens se situait fréquemment autour de 15 à 20 euros le MWh. À l’été 2022, le prix de référence européen a brièvement dépassé 300 euros le MWh, dans un contexte de réduction des livraisons russes et de crainte sur l’approvisionnement.
Les cours ont ensuite fortement reculé, mais ils ne sont pas durablement revenus à leur niveau d’avant-crise. L’Europe a remplacé une partie du gaz russe acheminé par gazoduc par du gaz naturel liquéfié importé notamment des États-Unis, du Qatar et d’autres pays. Ce gaz doit être liquéfié, transporté par navire puis regazéifié, ce qui augmente généralement son coût.
Selon la décomposition réalisée par Selectra, la part correspondant à la fourniture de gaz dans la facture annuelle du foyer type est passée d’environ 284 euros en 2016 à 665 euros dans le calcul publié en 2026, soit une hausse de 134 %. Cette composante explique donc une part importante, mais non la totalité, du doublement de la facture.
Le bouclier tarifaire a temporairement limité la hausse
Entre 2021 et 2023, l’État a mis en place un bouclier tarifaire afin de limiter la répercussion de la flambée des marchés sur les ménages. D’après la Cour des comptes, le volet consacré au gaz a représenté un coût net d’environ 8,1 milliards d’euros pour les finances publiques.
Ce dispositif n’a pas supprimé la hausse : il l’a répartie dans le temps et en a fait supporter une partie par le budget de l’État. À sa disparition, les consommateurs ont retrouvé des prix davantage liés aux conditions du marché, tandis que plusieurs composantes fiscales et tarifaires augmentaient à leur tour.
Une fiscalité sensiblement renforcée
L’accise sur les gaz naturels, anciennement appelée TICGN, est passée de 4,34 euros par MWh en 2016 à 8,37 euros en 2023, puis à 16,37 euros par MWh en 2024. Le tarif de cette seule taxe a donc presque quadruplé par rapport à 2016.
Cette évolution ne doit pas être confondue avec celle de l’ensemble des taxes figurant sur la facture. Selon Selectra, leur montant total pour le foyer de référence a progressé d’environ 155 % en neuf ans. Ce total comprend l’accise, la contribution tarifaire d’acheminement et la TVA, laquelle s’applique également à certaines taxes.
Depuis le 1er août 2025, le taux de TVA appliqué à l’abonnement de gaz est passé de 5,5 % à 20 %, conformément aux règles européennes imposant un taux uniforme sur les différentes composantes d’une même fourniture d’énergie. Cette modification a été accompagnée d’autres ajustements fiscaux destinés à en limiter l’effet moyen, mais ses conséquences varient selon la part fixe et la consommation de chaque ménage.
Les recettes tirées de ces prélèvements alimentent principalement le budget public. Elles ne sont pas directement et exclusivement affectées au remboursement du bouclier tarifaire. Il est donc plus exact de parler d’un effort supporté par l’ensemble des finances publiques que d’affirmer que chaque taxe finance précisément ce dispositif.
Si on ne fiscalise pas le gaz, il faudra certainement fiscaliser ailleurs.
Mathieu Plane
Des réseaux coûteux à entretenir malgré la baisse de la consommation
La facture comprend également les coûts de transport, de distribution et de stockage. Ces infrastructures doivent être entretenues, surveillées et modernisées même lorsque les volumes acheminés diminuent. Une part importante de leurs dépenses est donc fixe.
Le tarif d’utilisation du réseau de distribution exploité principalement par GRDF a augmenté de 27,5 % en juillet 2024, puis de 6,1 % en juillet 2025. En juillet 2026, une nouvelle évolution des coûts d’acheminement a contribué à faire progresser le prix repère et l’abonnement annuel des foyers chauffés au gaz.
La baisse du nombre de clients et de la consommation crée une difficulté structurelle : les dépenses fixes du réseau doivent être réparties entre des volumes de gaz plus faibles. Le coût supporté par chaque unité consommée peut donc augmenter, même lorsque le prix de la molécule diminue sur les marchés.
Cette évolution ne signifie pas que chaque départ d’un abonné provoque immédiatement une hausse équivalente pour les autres. Les tarifs sont fixés par la Commission de régulation de l’énergie pour plusieurs années et tiennent compte des investissements, des gains de productivité et des prévisions de consommation. La tendance de fond reste néanmoins celle d’un réseau dimensionné pour des usages plus importants que ceux attendus à l’avenir.
Gaz ou électricité : une comparaison impossible au seul kilowattheure
Comparer directement le prix du kilowattheure de gaz à celui de l’électricité peut être trompeur. Un kilowattheure d’électricité est généralement plus cher qu’un kilowattheure de gaz, mais le résultat dépend fortement de l’appareil utilisé.
Un radiateur électrique à résistance transforme approximativement un kilowattheure d’électricité en un kilowattheure de chaleur. Une pompe à chaleur peut en revanche produire plusieurs kilowattheures de chaleur pour un kilowattheure d’électricité consommé. Une chaudière à gaz récente possède quant à elle un rendement élevé, mais inférieur à celui d’une pompe à chaleur correctement installée.
Il n’est donc pas possible d’affirmer de manière générale que les deux solutions reviennent « au même ». Le coût dépend notamment :
- de l’isolation du logement et de sa superficie ;
- du climat local et des températures extérieures ;
- du rendement de la chaudière ou de la pompe à chaleur ;
- du coût d’achat et d’installation des équipements ;
- de l’abonnement et des frais d’entretien ;
- de la durée d’occupation du logement ;
- de l’évolution future des tarifs et de la fiscalité.
Le gaz peut rester compétitif dans certains logements déjà équipés d’une chaudière performante, surtout lorsque le remplacement complet du système représenterait un investissement important. À l’inverse, une pompe à chaleur peut réduire la consommation finale dans un bâtiment suffisamment isolé, malgré un coût d’installation élevé.
Un enjeu économique autant qu’environnemental
La comparaison doit enfin intégrer les émissions de gaz à effet de serre. La combustion du gaz naturel émet directement du dioxyde de carbone et peut être précédée de fuites de méthane pendant son extraction et son transport. L’électricité française, produite principalement grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables, présente en moyenne une intensité carbone nettement plus faible.
Cet avantage ne rend pas automatiquement chaque conversion à l’électricité rentable pour un ménage. Il donne néanmoins à la France la possibilité de réduire sa dépendance aux importations de gaz et ses émissions, à condition de développer des équipements efficaces, de renforcer la rénovation thermique et d’accompagner financièrement les foyers qui ne peuvent pas changer seuls leur mode de chauffage.
Le doublement observé entre 2016 et 2025 ne résulte donc ni des seuls marchés ni des seules taxes. Il combine la hausse durable du coût d’approvisionnement, la fin progressive du bouclier tarifaire, le renforcement de la fiscalité et l’augmentation des coûts de réseau. À consommation identique, le gaz est devenu nettement plus cher ; mais l’ampleur exacte de la hausse dépend désormais du contrat de chaque ménage et d’un prix repère qui peut varier fortement d’un mois à l’autre.