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Paiement fractionné : le faux « sans frais » qui banalise le crédit à la consommation

Présenté comme une simple facilité de paiement, le BNPL s’est imposé dans les achats du quotidien, bien au-delà des dépenses importantes. Son essor repose sur une mécanique commerciale efficace, mais aussi sur une dilution du coût et du risque, alors même que sa présence explose dans les dossiers de surendettement.

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Le paiement fractionné s’est installé dans le paysage commercial sous une promesse séduisante : payer en trois ou quatre fois, parfois sans frais, plutôt que régler immédiatement la totalité d’un achat. Derrière cette présentation se trouve pourtant une opération de crédit de courte durée. Son utilisation répétée peut rendre le budget moins lisible et contribuer à des situations de malendettement, notamment lorsque plusieurs échéanciers se superposent.

Pour un achat de 500 euros réglé en trois fois sans frais, le consommateur peut par exemple verser 166,67 euros immédiatement, la même somme trente jours plus tard, puis 166,66 euros lors de la dernière échéance. Le montant total reste bien de 500 euros.

Cette fragmentation peut toutefois atténuer la perception du coût total de l’achat. Le consommateur ne voit plus seulement un prix unique, mais une série de mensualités plus faciles à intégrer mentalement. Cette présentation peut faciliter un achat qui aurait été différé ou abandonné si son montant intégral avait dû être réglé immédiatement.

Un service rarement gratuit pour le commerçant

Une offre sans frais pour l’acheteur n’est pas nécessairement gratuite pour le vendeur. Dans de nombreux dispositifs, l’organisme de paiement facture une commission au commerçant en échange du financement, du traitement de l’opération et de la prise en charge d’une partie du risque d’impayé.

Le montant dépend du prestataire, du chiffre d’affaires du marchand, du nombre d’échéances et du partage éventuel des frais avec le client. Les commissions fréquemment évoquées se situent autour de 2,5 à 4 % du montant de la transaction, mais elles peuvent être inférieures ou supérieures selon les contrats. Pour un achat de 500 euros, une commission de cette ampleur représenterait environ 12,50 à 20 euros.

À titre de comparaison, le traitement d’un paiement classique par carte peut coûter nettement moins cher au commerçant, même si le tarif réel varie fortement selon le contrat bancaire, le réseau utilisé, le volume des ventes et le canal de paiement. Il serait donc excessif de fixer une fourchette universelle applicable à toutes les enseignes.

Si les commerçants acceptent ce surcoût, c’est parce que le paiement fractionné peut augmenter le taux de conversion et le panier moyen. Ces résultats proviennent toutefois principalement d’études réalisées ou financées par les entreprises du secteur. Une étude publiée par Alma en 2025 avance notamment une hausse moyenne de 15 % du taux de conversion et de 35 % du panier moyen pour les articles coûteux. Ces chiffres illustrent l’intérêt commercial du dispositif, mais ne peuvent pas être généralisés à toutes les enseignes.

Une mécanique qui encourage l’achat

Le système profite à la fluidité du parcours commercial. Selon les contrats, le marchand reçoit rapidement la majeure partie ou la totalité du prix, tandis que le prestataire gère les échéances et une partie du risque financier. En cas d’impayé, il peut adresser des relances par courriel, SMS, courrier ou téléphone, puis engager une procédure de recouvrement.

Le paiement fractionné n’est donc pas seulement une commodité offerte au consommateur. Il constitue également un outil destiné à réduire les abandons de panier, à faciliter les achats plus coûteux et à transférer certaines tâches administratives du marchand vers l’organisme financier.

Le marché a fortement progressé avec le commerce en ligne. La Banque de France estimait à environ 4,5 milliards d’euros le montant des transactions concernées en 2021. Les estimations pour 2025 varient ensuite considérablement selon les cabinets et la définition retenue : certaines évaluations situent le marché français autour de 13 milliards de dollars, tandis que d’autres projections évoquent plus de 20 milliards d’euros.

En l’absence d’une statistique publique consolidée couvrant tous les prestataires et tous les formats, il serait imprudent d’affirmer que le marché français a atteint avec certitude 25 à 30 milliards d’euros.

Le paiement fractionné ne sert plus seulement à financer un téléphone, un appareil électroménager ou un meuble. Il est désormais proposé pour des vêtements, des soins, des billets de transport, des dépenses vétérinaires et des achats de faible montant. Ce glissement est important : lorsqu’une opération de crédit devient un réflexe pour des dépenses ordinaires, le risque réside moins dans un achat isolé que dans l’accumulation de plusieurs échéanciers.

Une présence croissante dans les dossiers de surendettement

Les données de la Banque de France montrent une progression rapide des paiements fractionnés et des minicrédits dans les dossiers de surendettement. En 2024, 17 % des dossiers comportaient au moins une dette de cette nature.

Les comparaisons chronologiques disponibles doivent néanmoins être présentées avec prudence. Certaines publications mentionnent 1 % en 2022 et 7 % en 2023, tandis qu’une responsable de la Banque de France a indiqué que la proportion était déjà estimée à 7 % en 2021. Ces écarts peuvent provenir de l’évolution des méthodes de détection et du renseignement des dossiers.

Il est donc plus solide de retenir le constat principal : en 2024, près d’un dossier de surendettement sur six comprenait au moins un paiement fractionné ou un minicrédit. Cela ne signifie pas que ces dispositifs étaient la cause unique ou principale de chacun de ces dossiers. Les situations de surendettement résultent généralement d’une combinaison de faibles revenus, d’accidents de la vie, de charges élevées et de plusieurs formes de dettes.

La progression intervient dans un contexte de forte tension budgétaire. Le quatorzième baromètre du pouvoir d’achat Cofidis-CSA Research, publié en septembre 2025, indique que 38 % des Français sont à découvert au moins une fois dans l’année. Le montant moyen déclaré atteint 411 euros, son niveau le plus élevé depuis 2016.

Lorsque plusieurs paiements différés sont prélevés sur le même compte, le consommateur peut perdre de vue la part de ses revenus déjà engagée. Le relevé bancaire fait apparaître différents prestataires, parfois sous des dénominations éloignées du nom du commerçant, ce qui complique encore le suivi.

Des pénalités variables selon les prestataires

Une échéance impayée peut entraîner des pénalités de retard, mais leurs modalités ne sont pas uniformes. Certains organismes ont appliqué une indemnité correspondant à environ 8 % du capital restant dû ou des échéances impayées. D’autres ont prévu des pénalités pouvant atteindre 15 %, tandis que certains prestataires facturent un montant fixe pour chaque retard.

Tous les acteurs ne suivent pas cette pratique. Alma indique par exemple ne plus facturer de pénalité de retard et privilégier le report d’échéance ainsi que le recouvrement amiable. Les règles peuvent également évoluer : il faut donc se référer aux conditions contractuelles réellement applicables au moment de l’achat.

Il serait par conséquent inexact d’affirmer qu’un canapé de 800 euros entraîne automatiquement 120 euros de pénalités. Cette somme correspondrait à un taux de 15 %, mais le coût réel dépend du prestataire, du capital restant dû, du nombre d’incidents et des conditions du contrat.

Le risque le plus important apparaît lorsqu’un consommateur utilise un nouveau crédit, un découvert bancaire ou un autre paiement différé pour honorer les échéances précédentes. La dette cesse alors de financer un achat ponctuel et sert à rembourser une autre dette, ce qui peut amorcer une spirale de malendettement.

Une progression préoccupante chez les jeunes

Les dernières données montrent une forte augmentation du nombre de jeunes déposant un dossier de surendettement. Entre 2024 et 2025, les dépôts effectués par les 18-29 ans ont progressé de 36 %. Chez les 18-25 ans, la hausse atteint 65 %, même si cette tranche d’âge reste minoritaire dans l’ensemble des dossiers.

Ces pourcentages concernent l’ensemble des dossiers de surendettement déposés par des jeunes, et non uniquement ceux causés par le paiement fractionné. Il serait donc erroné d’attribuer toute cette progression aux nouvelles solutions de paiement.

La Banque de France constate néanmoins que les jeunes sont particulièrement présents parmi les dossiers comportant des minicrédits ou des paiements fractionnés. En 2025, environ un tiers des dossiers comprenant au moins une dette de cette nature aurait été déposé par une personne de moins de 35 ans.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette exposition : revenus plus faibles, instabilité professionnelle, absence d’épargne, familiarité avec les applications numériques et facilité d’accès à des offres intégrées directement au parcours d’achat. L’usage de ces outils dans la mode en ligne peut jouer un rôle, mais il ne permet pas, à lui seul, d’expliquer le surendettement des jeunes.

Le cas d’une adolescente belge de 16 ans qui aurait commandé pour 170 euros sur une plateforme de mode en déclarant être majeure a été relayé dans différents témoignages. Faute de source primaire suffisamment précise sur le déroulement du dossier et l’identité du prestataire, cet exemple ne doit cependant pas être présenté comme un cas juridiquement établi.

En France, un mineur non émancipé ne peut pas conclure seul un contrat de crédit. Les plateformes doivent donc mettre en place des procédures adaptées, même si une simple déclaration d’âge peut rester contournable lorsqu’aucun contrôle supplémentaire n’est effectué.

Un encadrement renforcé à partir de novembre 2026

Le cadre juridique actuel comporte une importante exception : les paiements fractionnés remboursés en moins de trois mois, sans intérêts ou avec des frais négligeables, ne sont pas encore soumis à l’ensemble des règles françaises du crédit à la consommation. Cette exclusion explique en partie la simplicité des parcours proposés jusqu’à présent.

La directive européenne 2023/2225, transposée en droit français en 2025, élargit le champ du crédit à la consommation. Ses nouvelles dispositions entreront en application le 20 novembre 2026. Les crédits inférieurs à 200 euros, les minicrédits et la plupart des paiements en trois ou quatre fois seront alors soumis à des obligations renforcées.

Les prêteurs devront notamment fournir des informations précontractuelles plus claires, présenter le coût total du financement et évaluer la solvabilité de l’emprunteur. Cette évaluation devra rester proportionnée au montant et à la durée du crédit : un paiement de quelques dizaines d’euros ne donnera pas nécessairement lieu aux mêmes vérifications qu’un prêt de plusieurs milliers d’euros.

Les offres réellement sans intérêts ni frais devront afficher un TAEG de 0 %. Le TAEG ne sera donc pas automatiquement nul pour tous les paiements fractionnés : certaines offres comportent des frais supportés par le consommateur, comme le montre l’exemple d’un achat de 500 euros pouvant donner lieu à 7,50 euros de frais.

Le consommateur bénéficiera également d’un droit de rétractation de 14 jours et d’un droit au remboursement anticipé. Certaines facilités de paiement directement accordées par un commerçant, sans intermédiaire financier, sans intérêt et sur une très courte durée pourront toutefois relever d’un régime particulier ou d’une exemption.

Cette évolution acte une réalité longtemps atténuée par le vocabulaire commercial : le paiement en plusieurs fois n’est pas seulement un moyen technique de régler un achat. Dès lors que le consommateur reçoit immédiatement le bien et paie plus tard, il prend une décision de crédit qui engage une partie de ses revenus futurs.