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Croissance nulle, inflation et pétrole : Thomas Porcher alerte sur un risque de stagflation

Face à une croissance à 0 % et au retour de l’inflation, l’économiste Thomas Porcher estime qu’un scénario de stagflation prend forme. Il met en cause le choc pétrolier, les choix monétaires et la fragilité du marché du travail, tout en défendant des mesures sur les salaires et l’énergie.

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La stagnation du produit intérieur brut français au deuxième trimestre 2026 confirme la faiblesse de l’activité. L’Insee avait initialement annoncé une progression de 0,2 %, avant de ramener cette estimation à 0 % le 28 août 2026. Le premier trimestre a lui aussi été révisé à la baisse. Ces corrections fragilisent la prévision gouvernementale d’une croissance annuelle de 0,7 % en 2026.

Les déclarations de Thomas Porcher sur une croissance trimestrielle nulle remontaient à la première estimation du premier trimestre 2026. L’économiste jugeait alors ce résultat peu surprenant au regard de la politique budgétaire restrictive et du choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient. Les données ont depuis été révisées, mais le diagnostic général d’une économie française presque à l’arrêt reste pertinent.

L’effet précis du budget sur l’activité fait l’objet d’estimations différentes. Certains économistes évoquaient une perte de l’ordre de 0,2 point de PIB, tandis que d’autres évaluations ont estimé que la consolidation budgétaire pourrait retrancher jusqu’à 0,5 point à la croissance de 2026. Ces chiffres constituent des simulations économiques, et non une mesure directement observable.

À cela s’ajoute la hausse du pétrole provoquée par le conflit au Moyen-Orient. Thomas Porcher estime qu’une augmentation annuelle de 60 % du prix du pétrole pourrait retirer environ 0,4 point de croissance. Ce chiffre correspond là encore à un scénario et dépend notamment de la durée du choc, du niveau des prix, du comportement des ménages et des mesures prises par l’État.

Un risque de stagflation, plutôt qu’une situation déjà installée

Thomas Porcher emploie le terme de stagflation pour désigner la combinaison d’une activité stagnante et d’une inflation alimentée par l’énergie. En août 2026, l’inflation française a effectivement accéléré : l’indice national des prix à la consommation a augmenté d’environ 2,4 % sur un an, tandis que l’indice harmonisé européen a progressé de 2,7 %.

Cette accélération provient principalement des produits énergétiques. Les prix alimentaires, eux, augmentent beaucoup plus modérément sur un an. Il serait donc prématuré de parler d’une stagflation durable comparable aux crises des années 1970. La France se trouve plutôt confrontée à un risque de stagflation : une croissance très faible accompagnée d’une inflation énergétique susceptible de durer.

Ce scénario est préoccupant pour l’emploi, en particulier pour les nouveaux entrants sur le marché du travail. Dans une économie sans croissance, les entreprises créent moins de postes et reportent plus facilement leurs recrutements. Les jeunes diplômés, les travailleurs précaires et les demandeurs d’emploi de longue durée peuvent alors rencontrer davantage de difficultés.

Thomas Porcher renvoie à la crise de la zone euro de 2012 et 2013, lorsque les politiques d’austérité et la faiblesse de l’activité se sont accompagnées d’une augmentation du chômage dans plusieurs pays. Si les prix progressent pendant que l’emploi et les salaires se dégradent, les ménages les plus modestes sont généralement les plus exposés.

Le risque d’un frein monétaire supplémentaire

La Banque centrale européenne a relevé ses taux en juin 2026 afin d’empêcher le choc pétrolier de se diffuser durablement à l’ensemble des prix. Une nouvelle hausse est envisagée par les marchés pour l’automne, sans être encore certaine.

Thomas Porcher considère qu’un nouveau durcissement monétaire pourrait accentuer le ralentissement. Des taux plus élevés renchérissent les crédits immobiliers, freinent la construction et peuvent conduire les entreprises à reporter certains investissements. La politique monétaire agit donc sur l’inflation en réduisant la demande, mais elle risque également d’affaiblir davantage une activité déjà stagnante.

Lors de la poussée inflationniste de 2022 et 2023, les salaires français n’ont pas été automatiquement indexés sur les prix, à l’exception notamment du SMIC. La hausse des taux a contribué au reflux de l’inflation, mais d’autres facteurs ont également joué un rôle : la baisse des prix de l’énergie, la normalisation des chaînes d’approvisionnement et le ralentissement de la demande.

Thomas Porcher défend l’idée de ne pas exclure une indexation partielle ou totale des salaires afin de préserver le pouvoir d’achat et la consommation. Une telle politique devrait toutefois être précisément conçue pour limiter le risque d’une transmission prolongée de l’inflation aux coûts de production et aux prix.

Plusieurs pays européens disposent déjà de mécanismes d’indexation. En Belgique et au Luxembourg, une grande partie des salaires évolue automatiquement en fonction d’un indice des prix. Malte applique une allocation obligatoire liée au coût de la vie. Ces dispositifs n’ont pas provoqué d’hyperinflation, mais leurs règles diffèrent et certains ont été aménagés pour limiter les effets sur les entreprises.

En France, le SMIC est revalorisé en fonction de l’inflation subie par les ménages les plus modestes et de l’évolution du pouvoir d’achat du salaire horaire de base. Ce mécanisme a mieux protégé le bas de l’échelle salariale que les rémunérations situées juste au-dessus, contribuant à un resserrement de la hiérarchie des salaires autour du SMIC.

Le chômage augmente malgré les changements statistiques

L’affirmation selon laquelle le taux de chômage aurait continué à diminuer malgré la stagnation économique n’est plus conforme aux dernières données disponibles. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail a augmenté de 0,2 point pour atteindre 8,3 % de la population active. Le nombre de chômeurs a progressé d’environ 62 000 personnes sur le trimestre, pour atteindre 2,7 millions.

Le taux de chômage des 15-24 ans s’est établi à environ 21,6 %. Ces chiffres confirment que la dégradation redoutée par Thomas Porcher commence à apparaître dans les statistiques officielles, sans qu’il soit nécessaire de parler d’un taux de chômage artificiellement maintenu à la baisse.

Les données de France Travail doivent par ailleurs être interprétées avec prudence. L’inscription automatique de nouvelles catégories de personnes depuis janvier 2025, notamment certains allocataires du RSA et jeunes accompagnés, a créé une rupture dans les séries. Les catégories administratives de France Travail ne mesurent pas exactement la même réalité que le chômage au sens du BIT.

La catégorie A regroupe les personnes inscrites sans aucune activité au cours du mois. Les catégories B et C concernent celles qui ont exercé une activité réduite. Le halo autour du chômage, calculé par l’Insee, rassemble des personnes souhaitant travailler mais ne remplissant pas toutes les conditions internationales permettant d’être considérées comme chômeuses.

Les réformes de l’assurance chômage peuvent modifier les droits à indemnisation, les obligations de recherche d’emploi et les comportements d’inscription. Elles ne déterminent toutefois pas directement le taux de chômage au sens du BIT, établi à partir d’une enquête auprès de la population et non du seul fichier de France Travail.

Un pouvoir d’achat toujours sous tension

Thomas Porcher relie la tension sociale à l’importante hausse des prix alimentaires enregistrée depuis 2021. Même si l’inflation alimentaire annuelle est revenue autour de 1 % en 2026, les prix ne sont pas revenus à leur niveau antérieur. Entre 2021 et la fin de 2024, leur augmentation cumulée dépassait déjà 20 %.

Le ralentissement de l’inflation ne signifie pas une baisse générale des prix : il indique seulement qu’ils augmentent moins vite. Les ménages continuent donc de payer leurs achats alimentaires beaucoup plus cher qu’avant la poussée inflationniste de 2022 et 2023.

L’ajustement a pris la forme d’arbitrages de consommation : recours accru aux marques premier prix, recherche des enseignes les moins chères, diminution de certains achats et réduction des dépenses consacrées aux loisirs ou aux vacances. Les effets sont particulièrement importants pour les ménages modestes, dont l’alimentation et l’énergie représentent une plus grande part du budget.

Blocage des prix et taxation des profits exceptionnels

Face à la hausse des carburants, Thomas Porcher défend un blocage temporaire des prix. Une telle intervention est juridiquement possible dans certaines conditions. L’article L. 410-2 du code de commerce autorise le gouvernement à prendre, par décret en Conseil d’État, des mesures temporaires contre des hausses ou des baisses excessives de prix provoquées par une crise, des circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement anormale du marché.

Ces mesures doivent être motivées, précédées de la consultation du Conseil national de la consommation et limitées à une durée maximale de six mois. Le code ne crée donc pas un blocage automatique des carburants : il offre au gouvernement la faculté d’intervenir dans une situation exceptionnelle.

Un prix plafonné en dessous des coûts d’approvisionnement pourrait fragiliser certains distributeurs et provoquer des tensions locales. Thomas Porcher distingue à cet égard les grands groupes pétroliers intégrés, les enseignes de la grande distribution et les stations indépendantes.

Un groupe comme TotalEnergies exerce plusieurs activités, de l’extraction à la vente de carburants. Il peut donc profiter de la hausse des cours dans sa branche de production tout en subissant une compression des marges dans ses stations-service. Les grandes surfaces disposent également d’une capacité financière plus importante et utilisent fréquemment le carburant comme produit d’appel. Les distributeurs indépendants, beaucoup plus dépendants de leur marge sur chaque litre vendu, auraient en revanche besoin d’un mécanisme de compensation.

Thomas Porcher plaide parallèlement pour une taxation des profits exceptionnels réalisés par les grands groupes pétroliers, alimentaires ou de la distribution. Il estime que certains marchés oligopolistiques ont permis à un petit nombre d’entreprises d’augmenter leurs marges pendant les crises récentes.

La notion de « superprofit » doit toutefois être définie précisément : une hausse du bénéfice ne résulte pas nécessairement d’une pratique abusive et peut provenir de l’évolution internationale des cours. Une taxation exceptionnelle suppose donc de déterminer un niveau de référence, d’isoler la part directement liée à la crise et d’éviter de taxer indistinctement les investissements ou les activités déficitaires.

Une dépendance pétrolière au cœur des inquiétudes

La France ne produit presque pas le pétrole qu’elle consomme. Ses besoins se situent autour de 1,5 million de barils par jour, sous forme de pétrole brut et de produits raffinés. Cette dépendance rend l’économie française particulièrement sensible aux conflits qui affectent les pays producteurs, les raffineries et les grandes routes maritimes.

La France dispose encore de plusieurs raffineries, mais leur production ne correspond pas exactement à la structure de la demande nationale. Le pays importe donc des produits raffinés, notamment du gazole, tout en exportant ponctuellement d’autres produits pétroliers.

Avant l’invasion de l’Ukraine, l’Europe dépendait fortement du gazole russe. L’embargo européen sur les produits pétroliers russes, appliqué depuis février 2023, a entraîné une diversification des fournisseurs vers les États-Unis, l’Inde, le Moyen-Orient et d’autres zones de raffinage. Il serait donc inexact d’affirmer que le diesel français provient désormais principalement d’un seul espace géographique.

Le gazole peut devenir plus cher que l’essence lorsque les marchés internationaux manquent de capacités de raffinage adaptées ou lorsque les approvisionnements sont perturbés. La fiscalité française reste légèrement plus favorable au gazole qu’à l’essence, mais l’écart a fortement diminué et ne suffit pas toujours à compenser les tensions sur le prix de gros.

Si le conflit au Moyen-Orient se prolonge, les perturbations des capacités de production, des raffineries et des routes passant par le détroit d’Ormuz pourraient maintenir les prix du pétrole et des carburants à un niveau élevé. Les transporteurs seraient contraints d’emprunter des itinéraires plus longs et plus coûteux, tandis que les stocks mondiaux continueraient de diminuer.

Thomas Porcher oppose alors deux orientations : une intervention publique destinée à soutenir temporairement les ménages et les secteurs les plus touchés, ou une politique laissant l’ajustement s’effectuer principalement par la baisse de la consommation et de l’investissement. Le débat ne porte donc pas seulement sur la croissance ou l’inflation, mais sur la manière dont le coût du choc énergétique sera réparti entre l’État, les entreprises et les ménages. À l’approche de 2027, cette question pourrait devenir l’un des principaux enjeux économiques et sociaux.