Zinedine Zidane nommé sélectionneur des Bleus, vingt ans après sa sortie de scène
Zinedine Zidane a été nommé sélectionneur de l’équipe de France mardi 28 juillet, près de vingt ans après sa dernière apparition sous le maillot bleu en finale du Mondial 2006. Icône du football français, l’ancien numéro 10 accède au poste qu’il semblait viser depuis son départ du Real Madrid en 2021, avec un statut unique mais une exposition inédite.
Zinedine Zidane retrouve les Bleus, cette fois sur le banc. Nommé mardi 28 juillet sélectionneur de l’équipe de France, l’ancien meneur de jeu tricolore revient au premier plan vingt ans et dix-neuf jours après sa sortie de scène à Berlin, lors de la finale de la Coupe du monde 2006 marquée par son coup de tête sur Marco Materazzi.
Pour l’ancien numéro 10, ce retour referme un long détour. Depuis son départ du Real Madrid en 2021, il avait tout refusé afin de ne pas manquer l’occasion de prendre un jour les commandes de la sélection. Cette nomination apparaît ainsi comme l’aboutissement d’une attente ancienne, dans un rapport à l’équipe de France qui dépasse largement le seul cadre sportif.
Car Zidane occupe une place singulière dans l’histoire du football français. C’est sous le maillot bleu qu’il est devenu une icône nationale, notamment le 12 juillet 1998 au Stade de France, lorsqu’il inscrit deux buts en finale contre le Brésil (3-0). Cette soirée-là le fait basculer dans une autre dimension. La même année, il remporte le Ballon d’or.
Une figure à part dans le football français
Issu d’une famille de cinq enfants, benjamin de parents originaires de Kabylie, Zinedine Zidane a grandi à Marseille, dans le quartier de la Castellane. Surnommé « Yazid » par ses proches, il découvre le football au pied des immeubles avant de gravir les échelons sans précocité spectaculaire.
Le sociologue Stéphane Beaud, qui lui a consacré un livre, soulignait récemment dans L’Equipe un parcours différent de celui d’autres prodiges du football mondial.
Il n’est pas à 15 ans repéré et voulu par tout le monde, il est un bon joueur comme il y en a beaucoup.
Stéphane Beaud
à la fois physique et footballistique.
Stéphane Beaud
De Cannes à Bordeaux, où Rolland Courbis lui donne le surnom de « Zizou », puis à la Juventus et au Real Madrid, Zidane s’est imposé dans chacun de ses clubs. À Madrid, son aura reste considérable.
Je pense même qu’il est encore plus déifié à Madrid qu’en France.
Julien Cassan, correspondant à Madrid pour La Dépêche du Midi
Julien Cassan rappelle ses quatre sacres en Ligue des champions, dont trois comme entraîneur.
Discret en public, exposé comme jamais
Cette nomination place aussi au premier plan une personnalité réputée réservée.
Ce qui me frappe le plus chez lui, c’est sa modestie.
Julien Cassan
L’homme est très timide, pas hyper à l’aise avec la parole.
Julien Cassan
Stéphane Beaud distingue, lui, « deux Zidane » : « le public, longtemps introverti, qui faisait un peu fuir les journalistes », et « le privé, chambreur, rigolard, apparemment très sympa ».
Cette retenue a longtemps nourri une forme de mystère autour de l’ancien joueur. Elle contraste avec l’exposition permanente du poste de sélectionneur, où la parole publique compte autant que les résultats. Jusqu’ici, Zidane a souvent cultivé la discrétion, laissant son parcours et son palmarès parler pour lui.
Une légende traversée par quelques zones d’ombre
Son image n’a pourtant jamais été totalement lisse. Son passage à la Juventus entre 1996 et 2001 a alimenté des interrogations sur le dopage, dans le sillage d’une enquête où le juge chargé du dossier avait évoqué dans So Foot une « pharmacie bien fournie ». Zidane avait reconnu lors du procès avoir pris de la créatine, une substance qui ne figurait pas sur la liste des produits dopants du CIO ou de l’AMA, mais dont l’usage faisait débat.
Sa notoriété a aussi nourri une forte dimension commerciale. Son nom est devenu une marque associée à de nombreux partenaires, notamment Adidas. En 2005, lorsqu’il annonce son retour en équipe de France après une retraite internationale, Les Guignols de l’info tournent cette image en dérision. Lui justifie alors sa décision en expliquant avoir entendu « une voix » et en décrivant une expérience relevant du « mystique ».
Reste enfin le tempérament. Derrière l’élégance du joueur, Zidane a souvent laissé apparaître une part plus nerveuse. Il a reçu quatorze cartons rouges au cours de sa carrière.
C’est un faux calme. Il donne l’impression d’être tranquille, mais ça bouillonne à l’intérieur.
Julien Cassan
Le coup de tête de 2006, jugé « inacceptable », n’a pas effacé son statut. Quelques jours plus tard, Jacques Chirac disait « comprendre la réaction d’un homme » face à la provocation de l’Italien. Pour Florentino Perez, se souvient Julien Cassan, ce geste représentait au contraire « le symbole d’une icône revenue sur terre ».
C’est cette figure, à la fois célébrée, scrutée et parfois insaisissable, qui prend désormais la tête des Bleus. Après avoir incarné l’équipe de France sur le terrain, Zinedine Zidane devra désormais la diriger depuis le banc, dans un rôle où sa légende ne le protégera pas des attentes.