CAC 40 : des profits en flèche, au prix de crises qui enrichissent toujours les mêmes
Les grandes entreprises françaises ont vu leurs bénéfices bondir de 41,5 % au premier semestre, portés notamment par les banques et l’énergie. Derrière ces résultats spectaculaires, une même mécanique apparaît : des groupes prospèrent au cœur des crises sociales, climatiques et géopolitiques, sans que leurs pratiques ni leurs priorités soient réellement remises en cause.
Les profits des poids lourds de la Bourse parisienne s’envolent pendant que les crises s’aggravent. Au premier semestre, les bénéfices cumulés des entreprises du CAC 40 ont progressé de 41,5 %, une information révélée par L’Humanité, s’appuyant sur un décompte réalisé par l’AFP vendredi 31 juillet. Pour les 38 groupes sur 40 ayant publié leurs résultats semestriels, le bénéfice net cumulé dépasse 73 milliards d’euros.
Le chiffre est massif. Il l’est d’autant plus qu’il intervient dans un moment marqué par une aggravation simultanée des tensions climatiques, sociales et internationales. Ce décalage n’est pas un simple décor : il éclaire la nature même de ces performances. Les secteurs les plus dynamiques sont précisément ceux qui ont le plus directement profité des déséquilibres en cours, au premier rang desquels les banques, les assurances et l’énergie.
Les banques en pleine forme, malgré les zones d’ombre
Le secteur financier a vu son bénéfice net augmenter de 9 %, à 19,35 milliards d’euros. BNP Paribas et Société Générale figurent parmi les principaux moteurs de cette hausse, avec des progressions respectives de 21,8 % et 13,9 %.
BNP Paribas a ainsi publié un bénéfice net de 4,3 milliards d’euros au deuxième trimestre, en hausse de 33,4 % sur un an. Mais ces résultats s’accompagnent d’un silence remarqué sur les accusations qui visent le groupe. La banque n’a pas intégré dans ses comptes de provision liée à d’éventuels litiges aux États-Unis, alors qu’un jury new-yorkais l’a reconnue complice, en octobre dernier, d’exactions au Soudan pour avoir organisé des transactions commerciales dont les recettes ont financé l’armée et les milices du régime d’Omar el-Béchir.
Autre front, autre contentieux : cinq ONG, dont la Fédération internationale pour les droits humains et la Ligue des droits de l’homme, ont saisi mercredi le Conseil d’État pour demander que la France mette un terme aux activités de ses entreprises en Cisjordanie. BNP Paribas figure parmi les entreprises visées.
Un rapport publié en novembre 2024 par la coalition d’ONG Don’t Buy Into Occupation affirme que BNP Paribas a profité, entre janvier 2021 et août 2024, de 32,73 milliards de capitaux directement impliqués dans l’occupation illégale de terres palestiniennes par Israël. La banque est mise en cause, avec le Crédit agricole et la Société Générale, pour des investissements, actions, prêts ou bons du Trésor liés à la colonisation de la Palestine et au génocide à Gaza.
La Société Générale, elle aussi, affiche des résultats records : 1,79 milliard d’euros de bénéfice au deuxième trimestre et près de 3,5 milliards sur l’ensemble du semestre. Ce niveau inédit contraste avec une autre décision du groupe : en janvier, il annonçait la suppression de 1 800 postes en France. L’écart entre bénéfices historiques et réductions d’effectifs dit quelque chose de la hiérarchie des priorités.
TotalEnergies, grand gagnant des tensions énergétiques
Le secteur de l’énergie a, lui, vu ses revenus bondir de 42,7 %, à 13,6 milliards d’euros. Cette hausse repose largement sur TotalEnergies, qui a enregistré un bénéfice record de 11,2 milliards de dollars sur le semestre, soit une progression de 61 %. Au deuxième trimestre seul, le groupe a dégagé 5,4 milliards de dollars, soit le double de l’année précédente.
Le pétrolier a bénéficié de la guerre au Moyen-Orient pour augmenter ses marges. Plusieurs ONG, dont Greenpeace France et Réseau Action Climat, ont dénoncé cette situation, estimant que « la crise énergétique lui a largement bénéficié, tandis que des millions de ménages ont peiné à se fournir en carburant ». Elles réclament une taxation de ces bénéfices records.
Le groupe profite aussi de l’expansion continue de ses chantiers dans le monde. Or cette stratégie s’inscrit à rebours des impératifs climatiques. Membre des vingt entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, TotalEnergies reste massivement tournée vers les énergies fossiles : gaz et pétrole représentent 97 % de sa production d’énergie et 82 % de ses investissements en 2025.
Au fond, ces résultats semestriels ne racontent pas seulement la bonne santé du CAC 40. Ils montrent comment certaines grandes entreprises parviennent à transformer les crises en leviers de rentabilité. Guerre, flambée énergétique, restructurations sociales : autant de secousses qui fragilisent des populations entières, mais nourrissent aussi des profits records. Les chiffres publiés cette semaine rendent cette mécanique difficile à masquer.